Lieux de Piété et de Culte Musulmans

 
 
 
 
Mots clés

Masjidinfo-icon , ribatinfo-icon , khanaqah , zawiyah , tekke , husayniyah , jamatkhana , imambarah , maqbara , ziyarah , madrasa , dargah, Shi'a (chiite) , Sunni , Ummahinfo-icon, qisas , khutbas , dhikrinfo-icon , Sufisminfo-icon , shaykhinfo-icon , pirinfo-icon , tariqahinfo-icon , murshidinfo-icon , Ismaili, Musta'li, Nizari, centre ismaili, Aga Khaninfo-icon, pluralisme, diversité, culture pluraliste, lieux de rassemblement, piété, culte.

Table des matières

 
 
« Cette lampe se trouve dans les maisons que Dieu a permis d’élever, où Son nom est invoqué, où des hommes célèbrent Ses louanges à l’aube et au crépuscule»
(Coran, 24:36)
 
 
 
 
La révélation du Coran au Prophète Mahomet (Salla-llahu 'alayhi wa alihi wa-sallam) a permis un large éventail d'interprétations à travers le temps, les contrées, et les contextes culturels. Cela a entrainé une pluralité de groupes d'interprétations, juridiques, théologiques et doctrinales, aussi bien dans les formes et les expressions de dévotion et de piété que dans les pratique du rituel.

Cette diversité se réflète également dans les lieux de rassemblement, et d'interaction du culte. La présence de diverses confessions et d’écoles de pensée en Islam a mené à la coexistence d'un éventail de lieux de culte. En plus du masjid, on trouve le ribat, le khanaqah, le zawiyah, le tekke, l’husayniyah et le jamatkhana. Dans leur totalité, ces endroits ont joué un rôle important et continuent d’occuper une place essentielle et diverse dans la vie religieuse et sociale de leurs membres; toutes ces institutions représentent un élément important de l'histoire et l'évolution des expressions de culte dans les sociétés musulmanes.

La Mosquée

Le masjid (la mosquée; pluriel: masajid) représente un des symboles les plus évidents et les plus marquant de la présence musulmane et on peut le trouver dans presque toutes les régions du monde. Lieu de prosternation > est le sens littéral de masjid, et c’était l'espace institutionnel formellement établi pour l'exécution collective de la prière et du rituel et pour satisfaire les besoins sociaux de la Ummah naissante (la communauté).

A l’Origine

La plupart des historiens conviennent qu'à l’aube de l'Islam (c'est-à-dire dans la Mecque du 7ème siècle) la communauté musulmane à l’origine n'avait aucun lieu spécifique ou particulier pour la prière et les arrangements pour le culte en congrégation étaient informels.

Selon un célèbre dire (hadithinfo-icon) du Prophète, « le monde entier est un masjid  »1. Ce n’est qu’ après le hijrainfo-icon (l’hégire >) à Médine, qu'une maison spécifique (un espace) émergea et évolua, pour permettre aux musulmans d’effectuer ensemble les prières rituelles en congrégation et de gérer les affaires de l'Etat.

Dès lors, partout où la communauté musulmane naissante s’établissait de manière permanente dans de nombreuses villes (telles que Basra, Kufa, Damas, Al-Fustatinfo-icon), la mosquée devenait un centre important de sa vie religieuse et sociale. Dans ces nouveaux > pays musulmans, il y avait une tentative à l’origine, de reproduire le premier masjid de Médine, dans sa forme (conception) et sa fonction. Cependant, comme l'empire musulman s’étendait géographiquement, il entra en contact avec différentes cultures et traditions qui avaient leurs propres types d’espaces et d'institutions.

En outre, des facteurs internes, tels que la disponibilité croissante de la richesse et du mécénat, l'afflux de nouveaux convertis, la diversité dans les formes de dévotion, et les besoins correspondants des communautés de croyants, collectivement ont contribuées à un changement et à une évolution rapide dans la conception et l'utilisation de la mosquée.

Évolution dans la forme et la fonction

Le premier masjid à Médine était utilisé à la fois comme lieu de prière communale et comme centre social et culturel. Ses fonctions incluaient : les prières communales et individuelles, les récitations du Coran, la dissémination de prêches (qisas), de sermons (khutbas) le vendredi, la récitation de dhikr, un lieu de recueillement (i'tikaf) et de veillées – particulièrement pendant le mois de Ramadhan - et de célébration des festivals.

Les mosquées ont également servi de centres de collecte et de distribution de l’aumône (zakatinfo-icon). Les pauvres, les sans-abris et les voyageurs y ont souvent trouvé refuge et soutien. On pouvait également signer là, les contrats de mariage et d'affaires2 . Un développement important concernant l’évolution dans la forme et la fonction des mosquées est liée à l'apparition de pratiques relatives à la construction de mausolées (tombeaux appelés maqbara, mashhad ou maqam) dédiés aux membres de la famille du Prophète (y compris Hazrat Imaminfo-icon Ali 'alayhi salaminfo-icon et Hazrat Fatimainfo-icon 'alayha salam) ainsi qu’à ses premiers compagnons.

Plus tard, avec la croissance et l'influence du Soufisme, l’établissement et la visite de mausolées (ziyarah) consacrés aux sheikhs, aux pirs ou aux sages soufis, afin de recevoir la barakah et l'intercession, devinrent une forme tout à fait normale, de piété et de dévotion, faisant partie du paysage religieux musulman.3

Il est également important de noter que même pendant cette période de formation de l'histoire musulmane, avec les mosquées principales (situées au centre de la ville, qui incluait la résidence du commandant en chef), d'autres formes de mosquées ont commencé à apparaître. Il y avait une tendance pour les communautés appartenant à différentes écoles de pensée et d'interprétation d’établir leurs propres mosquées respectives. Ainsi sont apparues, des mosquées qui étaient fréquentées en grande partie par des communautés Shi'a (chiite) ou Sunni, associées à des écoles juridiques spécifiques telles que Shafi, Maliki, etc.

En plus des fonctions et des utilisations dans le domaine religieux, du masjid mentionnées ci-dessus, on assiste à un développement important dans l'utilisation de la mosquée à des fins intellectuelles et éducatives. Les mosquées comme centres d'études religieuses et morales prirent un rôle éducatif plus formel avec des cercles d’érudits religieux et d’étudiants se réunissant dans les mosquées pour étudier le Coran, les hadith, la loi, etc.  Par exemple, les Imam-Califes Fatimides ont établi Al-Azharinfo-icon, à la fois mosquée et centre d’enseignement. Quelques mosquées de ce type, comme celle de Baghdad, d’Ispahan, de Mashhad, de Khoum, de Damas et du Caire, sont devenus d’importants centres d'étude pour tous les étudiants du monde musulman.

Inutile de dire, que ce développement et cette utilisation élargie des mosquées mentionnée ci-dessus, ont influençé la forme ou la conception physique (l’architecture) des mosquées. Rapidement, des bâtiments auxiliaires furent développés, comme les madrasas, les bibliothèques (scolaires), les quartiers résidentiels, les bains, etc., qui souvent faisaient partie du complexe de la mosquée.

La multiplicité de fonctions de la mosquée (déjà évidente dans la première mosquée de l’époque du Prophète) atteignit son apogée dans le complexe Ottoman connu sous le nom de Kulliye. Le majestueux Sulemaniye Kulliye (16ème siècle) à Istanbul, construit par le célèbre architecte Sinan, par exemple, était composé d'une très grande mosquée pour la prière en congrégation, de cinq madrasas, de deux écoles, d'un hôpital et d'une école de médicine, d’un centre soufi, d'une auberge ou d'un caravansérail, de bains publics et d’une fontaine, d’une cuisine publique, de logements pour les enseignants et les gardiens de la mosquée, d’un terrain de lutte, de cafés, de magasins, de mausolées impériaux, et d’un cimetière.4

Il est intéressant de mentionner ici que dans le contexte de l'évolution dans les « formes », de nombreuses caractéristiques architecturales d'une mosquée telles que les dômes, les minarets, le minbar (pupitre), etc., qui sont interprétés comme étant des normes fondamentales et des éléments essentielles > et immuables dans la construction d'une mosquée, étaient également un produit de l'évolution historique et n'étaient pas présents dans la mosquée modèle > de Médine.

En fait, au début, il n'y avait aucune forme spécifique déterminée par des prescriptions religieuses, autre que l'indication de la direction de la prière (qiblainfo-icon). Les formes architecturales étaient plutôt définies par des facteurs extra religieux, tels que l'influence des différentes cultures, traditions, environnements, mécènes, matériaux, technologie, etc.5

Les transformations dues au colonialisme, à l'indépendance et la modernisation des sociétés musulmanes ont provoqué quelques variations et changements dans l’utilisation de la mosquée aujourd'hui. Comme dans le passé, la mosquée demeure le centre et le symbole d’une activité sociale et culturelle intense, que les musulmans soient une majorité ou une minorité dans une région particulière.6

Dans les sociétés musulmanes, la mosquée, en particulier la grande mosquée nationale ou étatique demeure le symbole le plus évident pour proclamer leur identité islamique >, alors que dans les pays non-musulmans, où vivent et travaillent aujourd’hui, des millions de musulmans, elle marque la présence musulmane aux non-musulmans et signifie pour le fidèle qu’il est dans sa demeure >.7

La discussion ci-dessus sur l'évolution des fonctions et des formes du masjid et de sa relation aux besoins changeants de la communauté peut également s'appliquer, en partie, à d'autres endroits musulmans de culte (tels que les zawiyahs, les khanaqahs, les jamatkhanas, etc..).

Le Ribat, le Khanaqah, le Zawiyah et le Tekke

Ces lieux de rassemblement, généralement associés à la montée et au développement institutionnel du Soufisme, sont un élément important dans l'histoire et l’évolution des sociétés musulmanes. Au cours des années, ces établissements et institutions ont joué (comme le masjid) des rôles religieux et sociaux variés et importants dans la vie des musulmans.

Au cours de plusieurs siècles, les tariqahs soufis (ordres) se sont multipliés et se sont répandus partout à travers le monde musulman, d'Afrique du Nord au Sous-continent Indien. La propagation de ces tariqahs a été accompagnée de la construction d’espaces de rassemblement spécifiques, avec leurs formes et expressions particulières du rituel. L’appellation de ces centres ou confréries > changeait selon l'endroit: le zawiya et le ribat ont été employés en grande partie (cependant pas exclusivement) dans le Maghrebinfo-icon, le khanaqah en Egypte, le khanagah d'Iran à l'Inde (ou le terme de dargah est également employé); et le tekke dans les régions de langue turque.

Le soutien de ces institutions par les élites au pouvoir s’est graduellement accrue, ce qui a entrainé une protection significative dans leur constuction et la donation d’allocations pour les Soufis vivants là. Par conséquent, ces établissements similaires au masjid se sont répandus et aujourd'hui, dans beaucoup de pays musulmans, on trouve de tels institutions dans toutes les villes principales et même dans des villages reculés. 8

Dans ces divers centres d’enseignement résidentiels, les Soufis se réunissent pour pratiquer des actes de dévotion, de piété et de méditation. La pratique la plus importante était la récitation du dhikr (remémoration, invocation) et sama (récitation de poésie accompagné de musique). En outre, des professeurs (désignés sous le nom de shaykh, pir ou murshid) et des disciples, enseignaient aux gens à apprendre le Coran et sa signification spirituelle, à cultiver une vie intérieure et à lire les grands poètes et auteurs de la tradition Soufie. 9 Des rites initiatiques élaborés se sont développés au cours desquels le disciple devait prononcer le bay'ah (serment d'allégeance) au murshid et être investi des symboles de son entrée dans l'ordre (par exemple, manteau, chapeau, etc.). Comme il arrivait que beaucoup de shaykhs soufis avaient été enterrés dans le lieu de leur 'domicile' (le khanaqah , ces endroits sont devenus des lieux de pèlerinage populaire (ziyarat) pour recevoir la barakah et la shafa'a (intercession).

L'accès à de tels espaces est habituellement ouvert à tous, mais ce n'est pas toujours vrai. Par exemple, les khanaqahs de l'ordre Surhawardi en Inde sont connus pour limiter l’accès à ceux qui ont donné leur bay'ah, leur serment d'allégeance au pir ou au shaykh de l'ordre Soufi. 10 En ce qui concerne la question de l'exclusivité d’accès à de tels espaces, les juristes Sunni ont considéré que cela dépendait des traditions.

Pour le masjid tout comme les autres lieux de rassemblement, ces institutions essentiellement soufies ont non seulement joué des rôles religieux, mais ont également eu des fonctions socio-économiques. Par exemple, les zawiyahs et les khanaqahs qui étaient des lieux où les gens venaient faire des offrandes, contribuaient également à la redistribution de la richesse sociale. Les nécessiteux et les handicapés y étaient pris en charge et avaient l’assurance d’y être nourris et logés. Les activités et les festivités socio-religieux, comme l'anniversaire de la naissance du Prophète Mahomet (mawlid) étaient également célébrés dans ces établissements à des périodes spécifiques de l'année.

Alors que les noms et les fonctions de ces espaces institutionnels soufis se ressemblaient, il y avait une diversité considérable en termes d'endroit, de structure, de taille et d’organisation. Parfois ces bâtiments étaient isolés mais plus fréquemment ils étaient reliés à une mosquée.

Dans certains khanaqahs les dervishes vivaient en petites cellules tandis que d'autres confréries avaient une grande pièce unique dans laquelle tous les dervishes vivaient, étudiaient et travaillaient ensemble. L'architecture variait également en taille, en disposition, et dans le choix des matériaux utilisés et réflétait les éléments culturels locaux et leurs manifestations. Même l'organisation de ces établissements n'était pas partout identique. Certaines tariqahs vivaient sur le futuh (les cadeaux non sollicités ou les dons) alors que d'autres jouissaient du mécénat généreux des gouverneurs et d’allocations régulières de d'autres bienfaiteurs. 11

Fonction actuelle

On peut affirmer que le zawiyah, le khanaqah et le ribat sont devenus moins importants dans la vie sociale d’aujourd’hui qu’ils ne l’étaient au dix-neuvième siècle. Dans les pays musulmans, les transformations économiques et sociales qui ont accompagné l'apparition des états centralisés, l'urbanisation massive, et l'expansion des systèmes de communication ont conduit à l'apparition d’institutions sociales compétitives.

L'apparition des Etats nations qui régulent les fonctions historiquement liées aux institutions sociales musulmanes traditionnelles (telles que la mosquée, le zawiyah, le khanaqah et le ribat) a contribué à l’affaiblissement de ces derniers. D'autres forces, telles que la confiscation (sous le règne français), des dotations religieuses (waqf, pl. awqaf ) accordées aux institutions tels que le zawiyah comme en Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Libye, a rigoureusement contribué à l'érosion du rôle social de ces établissements.

Enfin, il y a également certaines forces internes > qui ont contribué au déclin ou à la destruction de ces institutions soufies. Parmis la plus importante on trouve, certains mouvements réformistes > intolérants qui, de temps à autres, ont interprété que ces pratiques et expressions de piété, riches et diverses associées à ces institutions, en particulier la visite de mausolées de saints ou de awliyas étaient une bid'a (innovation) et considérées comme non-islamique >, de ce fait, ils ont décidé de les affaiblir, sinon de les détruire purement et simplement - tout ça dans un but idéologique d'imposer un Islam imaginaire pur et original. De telles accusations reflètent clairement une tentative, de la part d'un groupe dominant qui clame haut et fort, l’idée d'imposer sa propre interprétation particulière de l'Islam qui en réalité, est une diversité riche de formes et d’interprétations.

De toute façon, les ordres et les institutions soufis continuent à survivre, en dépit des restrictions de quelques gouvernements modernes et de l'opposition de groupes extrémistes. Ils opèrent sous forme de filières pour préserver à la fois l'influence des Saints du passé et encourager la discipline spirituelle. En outre, dans certaines villes européennes et américaines où les tariqah Soufi sont en train d’émerger et de s’accroitre, on peut trouver des institutions semblables (tels que le zawiyah et le khanaqah , souvent privé, où les disciples se réunissent régulièrement pour exécuter les actes de dévotion qui ressemblent étroitement aux pratiques religieuses des tariqah.

L’Husayniyah et l'Imambarah

L’ Husayniyah et l'Imambarah se réfèrent aux espaces de recueillement où ont lieu des cérémonies rituelles commémorant la vie et le martyr de Hazrat Imam Husayn 'alayhi salam’ .12  Husayniyah peut être une tente provisoire dressée spécialement pour les cérémonies de deuil du muharam ou un bâtiment permanent qui est également utilisé pour d’autres occasions religieuses, tout au long de l'année.

On trouve les husayniyahs dans toutes les communautés Shi’a Ithna'ashari (Duodécimains), à travers le monde et sont connus en tant que tels en Iran, en Irak et au Liban. En Iran, l’husayniyah et le takiyah sont des termes interchangeables dont le choix est déterminé selon les coutumes locales. Les Shi'a de Bahrain et d'Oman, utilisent le terme de ma'tam pour désigner de tels lieux alors que les Shi'a Ithna'asharis de l'Inde utilisent les termes de Imambarah (littéralement cloître des Imams >) et ashur-khana.

Dans les cités, les villes et les villages musulmans où la communauté Shi'a Ithna'asharis est importante, les husayniyahs sont aussi répandus que les mosquées pour la pratique religieuse populaire. Il y a des endroits spécifiques pour les incantations intensément émotionnels (rawzah-khvani) sur les circonstances tragiques entourant le martyr de Hazrat Imam Husayn (A.S.) ainsi que l'exécution du ta'ziyah (flagellations passionels). Les husayniyah sont également utilisés comme point de départ et d’arrivée de ashurainfo-icon dastah > (les cortèges de deuil).

L'Imambarah, dans le Sous-continent indien a acquis des formes et des significations complexes au dix-huitième siècle, sous le règne des Nawabs de Oudh. Tout en symbolisant le mausolée de Hazrat Imam Husayn (A.S.) avec son zareeh (sarcophage) comme élément central, il a été également utilisé comme tombe du Nawab. A Lucknow, qui est un des centres du Chiisme duodécimains en Inde, il y a des centaines de Imambarahs. Les familles peuvent avoir leur propre Imambarah, normalement juste une partie d’une pièce. Les familles les plus riches, possèdent des pièces réservées et richement décorées, comme Imambarah. En outre, chaque quartier a son propre imambarah 13 .

Les Imambarahs, comme tout autres lieux de cultes musulmans identiques, sont multifonctionnels. Utilisés pour le rituel et les pratiques dévotionnelles, ce sont également des endroits réserves à l'éducation et aux pratiques rituelles de la communauté pour différents rites de passage (c'est-à-dire mariage ou funérail). Les structures (architecture) de ces lieux varient selon le contexte géographique et culturel, la taille de la communauté et les intentions spécifiques des fondateurs.

Le Jamatkhana

Le terme Jamatkhana signifie littéralement maison de rassemblement ou de réunion >. Spécifiquement, il désigne le lieu de rassemblement pour les activités de la communauté et pour la pratique de la dévotion, pour différents groupes musulmans tels que les Mustéaliens et les Ismailis Nizari, dans certaines régions du monde.

Pour l'ordre Chishti, prédominant en Asie du sud, le lieu utilisé pour l'activité Soufi s’appelait le jamatkhana et il était situé dans la résidence du shaykh.14   Les Shi'a Bohrainfo-icon et les communautés musulmanes Sunni Memon de l'Inde ont également des lieux privés de rassemblement appelés jamatkhana.

La coutume de se réunir en sessions closes, dans des endroits spécialement désignés pour apprendre et pratiquer selon leur propre interprétation de la foi, a fait partie de la tradition des Ismailis depuis la période pré-Fatimides. Pendant la période Fatimide, les Ismailis participaient aux majalisinfo-icon de al-hikmainfo-icon (sessions de sagesse), qui étaient accessibles uniquement à ceux qui avaient prêté serment à l'Imam du temps.

La tradition de la Communauté, basée sur des passages de ginans ismailis, suggère que les premiers jamatkhanas ismailis avaient été établis dans le Sous-continent Indo-Pakistanais durant le 14 ième et le15 ième siècles.

Situant le jamatkhana dans la tradition de culte musulman, Son Altesse l’Aga Khan a fait les remarques suivantes à l'occasion de la cérémonie de la pose de la première pierre du Centre Ismaili de Dubai :

« Pendant plusieurs siècles, le trait distinctif du paysage religieux musulman a été la diversité de lieux de rassemblement co-existant harmonieusement avec le masjid qui en soi a concilié une gamme d’espaces institutionnels divers pour des buts éducatifs, sociaux et méditatif. Historiquement, au service de communautés d’interprétations et d'affiliations spirituelles diverses, ces espaces ont conservé leurs structures et caractéristiques culturelles, de ribat et du zawiyya, du khanaqa et du jamatkhana. Le lieu de congrégation inclus dans le centre Ismaili appartient à la catégorie historique du jamatkhana, une catégorie institutionnelle au service également d’un certain nombre de communautés sœurs Sunni et Shi`a, dans leurs contextes respectifs, dans de nombreuses régions du monde. Ici, ce sera l'espace réservé pour les traditions et les pratiques spécifiques de la tariqah Shi’a Ismaili de l’Islam. »15

Fonction Contemporaine

Dans la communauté Shiainfo-icon Ismaili d’aujourd'hui, le jamatkhana représente l'espace physique dans lequel la communauté se réunit pour le culte en congrégation et l'expression du rituel. La constitution Ismailie définit le jamatkhana comme étant un endroit désigné par l'Imam-du-temps pour les pratiques de la tariqah ismailie.

En accord avec l’éthique de l'Islam, qui considère que le matérielet le spirituel sont indissociables, les jamatkhanas (comme d'autres espaces musulmans de piété et de culte) sont multifonctionnels et servent en tant que centres religieux, éducatifs et sociaux pour la communauté ismailie.

Ces fonctions (et formes) ont évolué, comme dans le cas de tous les autres espaces et institutions de culte musulmans, réflétant aussi bien les changements de contextes historiques et culturels de ces institutions que l’évolution des besoins de leurs utilisateurs. Dans son discours, à l'occasion de la cérémonie de la pose de la première pierre du Centre Ismaili de Lisbonne, Son Altesse l'Aga Khan a suggéré que le Centre Ismaili sera entre autre, utilisé pour les programmes suivants:   « séminaires, présentations, conférences, récitals et expositions d'art et d'architecture. »16

Les jamatkhanas et Centre Ismailis ‘haut-profil’ récemment construits sont des bâtiments qui ‘représentent’ la communauté.  Comme Son Altesse l'Aga Khan l’a mentionné à la cérémonie de la pose de première pierre du Centre Ismaili de Doushambe:

« Ces centres servent à refléter, illustrer et représenter la compréhension intellectuelle et spirituelle de l'Islam au sein de la communauté, sa conscience sociale, son organisation, ses perspectives futures et son attitude positive envers les sociétés dans lesquelles elle vit... comme ces édifices construits ailleurs, le Centre Ismaili de Doushambe représentera l'éthique qui sous-tend l’homme dans sa destinée en tant que création la plus noble. Elle réduira les murs qui divisent et construira les ponts qui unissent... C’est ma prière qu’une fois construit, le Centre Ismaili de Doushambe sera un endroit d'ordre, de paix, d'espoir, d’humilité et de fraternité, en rayonnant les pensées, et attitudes qui nous unissent dans la recherche d’une vie meilleure. »17

En termes de forme ou d’architecture, pour les jamatkhanas Ismaili comme pour d'autres lieux de rassemblement musulmans, il n'y a pas un seul type monolithique ou une norme requise. Les formes changent plutôt selon le contexte culturel, la géographie, les matériaux disponibles, la technologie et, naturellement, les variétés de fonctions exigées. Reflétant ce dernier critère (de fonction), les jamatkhanas les plus grands contiennent non seulement des halls de prière, mais également des lieux de rencontre, des salles de classe, des bibliothèques, des espaces récréatifs et sociaux, etc.

Pour conclure, la vie dévotionnelle des musulmans, qui a commençé avec la révélation du Saint Coran et qui s’est poursuivie avec les expériences historiques des musulmans sur 1400 ans ( toutes traditions confondues), s'est composée d'une variété riche d'expressions, de formes, d'interprétations et de lieux. Par conséquent, une culture multiforme plutôt qu’uniforme a caractérisée la réalité des sociétés musulmanes à travers l' histoire. D'ailleurs, ce pluralisme culturel, plutôt que d'être perçu comme une faiblesse, reste une source de force et d’inspiration pour des millions de musulmans à travers le monde.

Endnotes

1Sahih Muslim, trans. by A. Saddiqi (Lahore, 1976), vol. I, section on ‘Masajid’

2 J. Pedersen, ‘Masdjid’, in The Shorter Encyclopaedia of Islam (Leiden, 1974), pp. 337-8

3 ‘Mosque’, in The Oxford Encyclopedia of Modern Islamic world, ed. John Esposito, Vol. 3, 1995, p.134.

4 R Hillenbrand, Islamic Architecture: Form, Function and Meaning (Edinburgh, 1994)

5 Dogan Kuban, Muslim Religious Architecture. Part I (Leiden, 1974), pp 2-10

6 Mohammed Arkoun, ‘The Metamorphosis of the Sacred’, in The Mosque: History, Architectural Development and Regional Diversity, eds. M. Frishman and H. Khan (London, 1994), p. 271

7 Oleg Grabar, ‘The Mosque in Islamic Society Today’, in The Mosque, p. 244

8 Oxford Encyclopedia of Modern Islamic World, p. 371

9 Azim Nanji, ed., The Muslim Almanac (Detroit, 1996), p. 413

10 Khaliq Ahmad Nizami (Aligarh), ‘Some Aspects of Khanaqah Life in Medieval India’, Studia Islamica, 1952.

11 Annemarie Schimmel, Mystical Dimensions of Islam (North Carolina, 1975), p.232

12 Gustav Thaiss, ‘Husayniyah’, in The Oxford Encyclopedia of Modern Islamic World, vol.2, p.153

13 The Encyclopaedia of Islam. volume 3 (Leiden, 1979), p.1163

14 Muslim Almanac, p.498.

15 Excerpt of speech made by His Highness the Aga Khan at the foundation stone laying ceremony of the Ismaili Centre in Dubai, UAE, December 13th, 2003.       Extrait du discours prononcé par Son Altesse l'Aga Khan à la cérémonie de pose de la premiere pierre du Centre Ismaili à Dubaï, Émirats Arabes Unis, le 13 décembre, 2003

16 Excerpt of speech made by His Highness the Aga Khan at the foundation stone laying ceremony of the Ismaili Centre in Lisbon, Portugal, December 18th, 1996.  Extrait du discours prononcé par Son Altesse l'Aga Khan à la cérémonie de pose de fondations en pierre du Centre Ismaili à  Lisbonne, au Portugal, le 18 décembre 1996.

17 Excerpt of speech made by His Highness the Aga Khan at the foundation stone laying ceremony of the Ismaili Center in Dushanbe, Tajikistan, August 30th, 2003.   Extrait du discours prononcé par Son Altesse l'Aga Khan à la cérémonie de pose de fondations en pierre du Centre Ismaili à Douchanbé, au Tadjikistan, le 30 août 2003.

Cet article avait été publié dans sa version originale dans Ismaili UK en mars 2006.