Aga Khan III : Une Étude en Humanisme

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Table des matières
 

 

Introduction
 

Sir Sultan Mahomed Shah, Aga Khan III, a été un homme cosmopolite et a joué divers rôles dans de nombreux domaines publics, durant sa longue vie. Il a été l’Imam héréditaire des Musulmans Ismailis, chef de la Ligue de tous les Musulmans de l’Inde, Président Fondateur de la Conférence de tous les Musulmans de l’Inde, Patron de la Ligue Musulmane de Londres, Chef de la Délégation Musulmane de 1906 auprès du Vice-roi de l’Inde, Président de la Conférence Éducationnelle de tous les Indiens Muhammadan, un des fondateurs de l’Université Musulmane Aligarh, Chef de la Délégation Indo Britannique à la Conférence de la Table Ronde, Délégué à la Conférence de Désarmement, Chef de la Délégation Indienne auprès de la Ligue des Nations et plus tard son Président entre autres. Il est impossible d’examiner les réalisations et rapporter les activités d’une personne aussi remarquable dans un bref article. Si il m’est demandé de relever un aspect de ses convictions intimes et de ses vues publiques, j’opterais pour le trait d’humanisme dans sa personnalité. Il a été un être extraordinaire ayant une sympathie immuable et appréciable pour les êtres humains ordinaires. Si nous regardons sa carrière politique, ou examinons les autres domaines qui ont préoccupé sa pensée et façonné l’empreinte de la forme de son influence, l’élément moteur, le facteur déterminant a été un intérêt humanitaire de la vie et de la condition de l’homme et de la femme, ordinaire. L’existence, la nature et la force de ce sentiment ont formé la base de sa passion pour la réforme sociale, sa haine de la violence et de la guerre, sa désapprobation du racisme, sa foi dans la démocratie, sa tendance vers le socialisme, son combat pour la paix dans le monde, son obsession pour l’éducation, sa lutte pour l’ascension sociale, son intérêt pour le progrès de la femme, son appréciation de la poésie, son emphase sur la culture et son interprétation de l’Islam.

 

L’humanisme l’a conduit à dévouer la plupart de son temps et de son effort à la réforme sociale. Il a complimenté les souverains britanniques de l’Inde pour leurs tentatives d’éradiquer le sati, l’esclavage, la torture et la mutilation, exprimant que ces interdits ont rehaussé le « standard de la sensibilité et du sentiment humanitaire. »  Sa conscience sociale a été durement secouée par la situation financière et les conditions pitoyables de la masse rurale. Son cœur a été affligé à la vue de la pesante pauvreté, la maladie, l’illettrisme et l’ignorance et il a suggéré plusieurs mesures innovantes pour rendre leur vie confortable et méritant d’être vécue. A la différence des réformateurs sociaux ordinaires, il a associé la condition humaine à un but divin et à la destinée de l’homme. « Avec cette récusation de la divinité dans le genre humain, il y a la dénégation de la fraternité humaine… L’édifice économique, social, et religieux, dans son ensemble, appelle un soulagement immédiat – une élévation du faible – économiquement, intellectuellement, et culturellement, de manière à ce qu’aucun ne puisse être considéré comme laissé pour compte. »  Cet intérêt pour l’homme ordinaire ne tient pas compte des différences religieuses. Il a été en faveur des Musulmans s’occupant des besoins des soi-disant intouchables de l’Inde, avec l’intention d’élever leur statut social, en leur apportant des éclaircissements sur l’Histoire et en leur offrant une chance d’intégrer une « civilisation cultivée. »  De la même manière, en Afrique du Sud et de l’Est, il a demandé aux résidents asiatiques d’aider la population locale.
 
Le Statut Social des Femmes

L'Aga Khan III a refusé d’identifier le genre humain aux seuls hommes. Ses convictions intimes ont été mues par le besoin de progrès et de l’amélioration de la condition des femmes dans la société. Il a appelé les femmes « les gardiennes de la vie de la race. »  L’élévation de leur statut social allait améliorer l’expression du royaume domestique et amené un idéal plus grand et plus noble dans la vie de la cité. De son point de vue, la plus grande vie spirituelle de la société musulmane a été redevable à l’exemple et l’influence de la femme. Le bien être général de chaque communauté dépend de l’existence des femmes émancipées. Aucune barrière artificielle ne doit obstruer leur amélioration. Aucun préjugé étroit ne doit les priver de leur droit naturel et de leur statut social. Il a insisté encore et encore sur l’importance impérieuse d’éduquer les filles. Il a été jusqu’au point de  déclarer : « Personnellement, si j’ai deux enfants, et que l’un est un garçon et l’autre une fille, et si je ne peux me permettre que d’éduquer un seul, je n’ai aucune hésitation à donner la meilleure éducation à la fille. »  Il a réalisé que le futur de chaque génération doit être déterminé par l’habileté de la femme à diriger les jeunes sur le bon chemin et à leur enseigner les rudiments de la culture. La femme est la porteuse de la civilisation et des sensibilités humaines. Elle n’introduit pas seulement des valeurs dans notre vie mais les transmets à ceux qui vont venir après nous.

Réforme éducationnelle
 
La valeur humaine est largement créée par l’éducation. Si nous lisons tous les discours et les déclarations de l’Aga Khan III, nous y trouvons une forte tendance morale avec une constance opiniâtre : le thème de l’éducation. Comme Mustafa Kamal Ataturk, en Turquie, l’Aga Khan, dans chaque pays ayant attiré son intérêt, a été principalement un éducateur, l’instituteur de plusieurs nations et peuples. A son avis la seule réalisation qui l’a réjouit et son seul grand succès a été la création de l’Université de Aligarh. C’est un aveu significatif venant d’un homme qui a eu tant d’autres réalisations majeures inscrites dans la colonne crédit du registre de sa vie.
 
Il croit que seule l’éducation peut soulager le pauvre de sa pauvreté, l’esclave de son esclavage, l’ignorant de sa confusion, et le laisser pour compte de sa dégradation. Il lui a donné la même priorité que la défense nationale, demandant un sacrifice égal dans l’intérêt des deux domaines. Ce n’est qu’à travers l’éducation que d’éminents littéraires, hommes et femmes, vont finalement émerger pour développer chaque facette de la vie humaine, intellectuelle, spirituelle et religieuse. Un des nombreux fruits de cette moisson aura été la tolérance qui repose dans le cœur et le noyau de l’humanisme. En tant que Musulman, il a considéré l’éducation comme un devoir religieux. Il a rappelé les paroles du Prophète qui exhortaient les Musulmans à voyager aussi loin que la Chine pour rechercher la connaissance. Il se reporte à l’injonction répétée du Coran, d’étudier la nature pour comprendre les motifs de Dieu en créant l’Univers.
 
Gouvernance Sociale et Politique
 
C’est son intérêt pour le corps et la pensée de l’homme ordinaire qui a fait de lui un démocrate parmi les démocrates. « Plus de pouvoir aux masses » a été son slogan. Les paysans et autres habitants ruraux doivent participer à la mise en place de la politique et des lois. Les parties politiques doivent être issus d’organisations venant de la base. Les leaders doivent consulter le peuple à chaque étape. La base de la gouvernance politique doit être élargi. Il a prévenu les leaders politiques : « Vous devez éviter d’imposer vos propres préférences lorsqu’elles vont à l’encontre de ce que nous croyons être les véritables souhaits de la masse des gens. »  Les chefs de partis doivent « garder leurs oreilles sur le terrain et vérifier les points de vue et souhaits des masses. » Si vous voulez commander les électeurs, vous devez les servir. Si les leaders politiques d’Asie et d’Afrique de cette période avaient écouté ce sage conseil, d’énormes souffrances et détournements auraient pu être évités.
 
Peut être, rien ne souligne d’avantage le rôle de l’humanisme dans la pensée de l’Aga Khan, que le fait que pour sa cause, il en est venu à supporter une forme de démocratie sociale. Il paraît incroyable que cet aristocrate parmi les aristocrates, prenant plaisir aux bienfaits et au luxe d’une grande richesse, ait prescrit le socialisme pour éloigner les maladies du genre humain – mais il l’a fait. Il est venu au socialisme à travers son intérêt pour le pauvre et le déshérité. Il a voulu que le travail soit organisé car il a vu que dans chaque terre libre, le travail organisé a projeté son influence du côté de la paix et de la bonne volonté internationale. L’enjeu du futur, a-t-il dit, est la liberté économique des masses. Il a cité l’exemple de l’Union Soviétique des années 1930 comme une évidence de l’échec de l’effort privé pour s’occuper des problèmes de la pauvreté. « L’amélioration sociale des masses ne peut aboutir par le socialisme que lorsque chaque partie constituante travaille pour l’édifice social dans son entier. » Cela n’est pas pour suggérer que l'Aga Khan III n’a pas favorisé l’effort privé. Au contraire, dans le devoir de promouvoir le développement, il a vu les efforts privés et publics, comme nécessaires et complémentaires.
 
S’adressant sur les inégalités raciales

L’Aga Khan a également appliqué le principe de l’humanisme aux tragédies des conflits de races et d’inimitiés internationales. Il a été horrifié par le racisme, sans distinction de l’endroit et de l’auteur. Il a été aussi critique envers les Britanniques que envers les Asiatiques, dans ce domaine. Il a réprimandé les Britanniques pour leur politique discriminatoire en Afrique du Sud et de l’Est. Il a également prévenu les Asiatiques qui se sont établis dans ces deux régions de leur danger potentiel, et leur a demandé de coopérer avec les Africains locaux en améliorant l’économie du pays et en acquérant de nouveaux savoirs faire. Ils devaient considérer le pays où ils étaient venus pour y chercher une meilleure vie, comme le leur et s’y comporter comme ses « humbles serviteurs ». Les Européens, les Asiatiques et les Africains ne doivent pas se haïr et se craindre. « Blancs, Noirs et Bruns sont des membres complémentaires d’un corps politique commun. »

Efforts pour un ordre mondial pacifique

C’est encore son intérêt primordial pour l’humanité qui a conduit l’Aga Khan III vers l’internationalisme et le cosmopolitisme. Cela a renforcé ses résolutions pour œuvrer pour la paix dans le monde et pour écarter la guerre. Il a été persuadé qu’un ordre international pacifique serait le seul garant non seulement pour la sécurité et le bonheur du monde, mais aussi pour son existence et sa survie. Pour réaliser et maintenir cet ordre il a suggéré des mesures aussi bien conventionnelles qu’originales. La paix pouvait régner à travers la coopération culturelle. Une compréhension mutuelle et une amitié pouvait être encouragées et élargies en apprenant des langues étrangères, en étudiant d’autres littératures, en voyageant, en élevant le standard de l’éducation, en améliorant la santé de l’homme ordinaire, en accroissant les échanges extérieurs et en éliminant le fanatisme racial. En Inde, il a plaidé durant des années pour l’unité hindo-musulmane et n’a consenti à l’idée d’une partition du sous-continent uniquement lorsque l’ambition du congrès aurait tenu compte de tous les aspects de la coopération. À l’Ouest, il a encouragé une compréhension chrétienne, islamique et un respect véritable pour toutes les croyances. Il a été un porte-parole enthousiaste d’une unité pan Islamique et d’un rapprochement Sh’ia-Sunni. L’idée derrière tous ces efforts a été d’unir l’humanité ou, du moins, de la rapprocher, de manière à ce que l’homme respecte l’homme.

Il a poursuivi l’étoile insaisissable de la paix dans le monde à la conférence de désarmement de 1932 et à la Ligue des Nations, les années suivantes. Mettant l’accent sur son aspect moral, il a fait appel à la conscience des hommes d’état du monde pour écarter les effets paralysant de la peur, de la maladie et de la suspicion. Sur l’aspect matériel, il a pointé les importants bénéfices et gains qui auraient découlé de l’absence de la guerre. « Il y a un cri venant du fond du cœur de tous les citoyens du monde pour la réduction de leurs fardeaux militaires, de la diminution des poids financiers engendrés par ces fardeaux, pour la sécurité civile contre les méthodes aveugles de la guerre, et par-dessus tout, pour la sécurité contre la seule idée de la guerre. » En 1937, en tant que Président de la Ligue des Nations, il a lancé un cri d’alerte pour « le retrait pacifique des causes de guerre et l’établissement d’un empire incontesté de paix à travers le monde. » Deux ans plus tard, le Maharaja de Bîkaner la surnommé « un pont entre l’Est et l’Ouest, un chaînon entre les deux principales civilisations du monde moderne. » Dans son effort d’emploi de la culture, et plus particulièrement de la littérature, comme un moyen de bien-être international, tout en étant conscient de la concession mutuelle historique et intellectuelle et de la connaissance du monde, il n’a pas eu de successeur dans les corridors des nations durant deux décennies. Jusqu’à ce que le même thème soit réitéré dans les années 1950 avec un inlassable zèle et une éloquence sans pareille, par le Professeur Ahmad Shah Bokhari du Pakistan, à l’intérieur et à l’extérieur des Nations Unies.

L’amour de l’Aga Khan pour l’humanité, pour chaque être humain, a été sa motivation fondamentale dans la recherche de la paix dans le monde et à l’arrêt des guerres. Tous les problèmes de l’ordre international mondial, a-t-il dit, « sont finalement réduit à un seul, celui de l’homme et de la dignité de l’homme. »  Un an avant que la seconde guerre mondiale n’éclate, il a appelé pour la reprise de l’idée d’un état uni de l’Europe, suggéré par Briand et Stresemann, afin que les dangers à l’encontre de la civilisation du monde soient minimisés.
Culture et spiritualité

Si l’humanité d’un peuple se réfléchit à travers sa culture, l’humanisme d’un individu est reflété dans son amour de la culture. Par conséquent, c’est sans surprise que l’Aga Khan III a identifié la culture dans son sens le plus large (ou plutôt, le plus profond) avec les forces spirituelles, et a définit celles-ci comme « toute chose en rapport avec la vie spirituelle de l’homme ici-bas, sur cette terre et dans cette vie. »  C’est « un fait essentiel, inattaquable, dans l’existence : qu’ici et maintenant, dans ce monde, nous avons une âme qui a sa propre vie et sa propre appréciation de la vérité, de la beauté, de l’harmonie et de la notion du bien contre le mal. »  Dans cet ordre d’idée, il a rappelé à ses propres gens que la civilisation islamique a été parmi les premières à apprécier « l’art dans l’intérêt de l’art, la beauté dans l’intérêt de la beauté et la littérature dans l’intérêt de la littérature. »

Pour tout le genre humain, le summum de la culture est la poésie et spécialement les poèmes qui parlent de l’esprit de l’homme et de la bonté de Dieu. L’Aga Khan a lu des poésies (et particulièrement des poésies perses), pour certaines raisons, et pour lui, elles avaient un message pour le genre  humain : « le plus grand trésor de l’homme, la plus grande de ses possessions, a été l’inhérente, l’ineffaçable, l’éternelle noblesse de sa propre âme. » On y trouve « une étincelle constante d’une réelle divinité qui peut affronter tous les éléments négatifs et dévalorisants dans la nature. » La foi dans l’âme humaine n’est « pas simplement une croyance religieuse et mystique mais un contact direct et embrassant toute chose dans chaque être humain, et qui est l’élément essentiel de l’existence. » Il a tenu Hafiz Shirazi, la sommité de la poésie persane, en grand respect car ce dernier a donné une expression aux « convictions humaines universelles, l’appréciation de la beauté, l’amour, la douceur et la gentillesses ; de la valeur de l’être humaine ; de la gloire et la splendeur et de la joie de l’univers ; l’émerveillement de la communion avec la nature. » Par conséquent, la poésie tient une place spéciale dans la vie humaine, par sa nature humaine et de sa capacité à rapprocher l’homme de son prochain et à Dieu. Il l’a décrit par une métaphore comme étant la « la voix de Dieu parlant à travers les lèvres de l’homme. »
Dans ce courant, l’Aga Khan III a recommandé vivement l’étude de la littérature orientale pour ses pouvoirs apaisants. Dans un monde de « turbulence » l’homme devrait chercher une consolation et une paix intérieure, que seule la contemplation de littérature sublime peut donner. La lecture et la récitation de cette littérature « contribuerait à prendre en considération ce cadre de pensée qui est le seul à pouvoir sauver le genre humain d’un désastre plus grand que n’importe lequel, vécu dans le passé. »
 
Foi Personnelle et philosophie de la religion
 
La croyance formelle et les convictions intimes de l’Aga Khan ont été de pair. Il a appelé l’Islam « la plus grande influence unificatrice, civilisatrice et fraternisante dans le monde » et « une grande force culturelle et spirituelle pour l’unité du monde et la fraternité des nations, » car sa vision de l’Islam en particulier et de toutes les croyances en général, a été profondément et indubitablement teintée de mysticisme. Après avoir étudié la poésie perse et penjâbi (qui envoient leur message avec une clarté magique), le soufisme et la signification ésotérique de l’art islamique, durant quatre décades, je peux me permettre de dire confidentiellement que l’Aga Khan III croyait dans un Islam mystique.
 
Il a été dans le vrai sens du terme, un soufi. Il a cru dans une religion individuelle d’une forte dimension spirituelle et esthétique. Pour lui, la religion n’est pas seulement une série de croyances formelles, d’injonctions morales et éthiques, telles que « faire » et « ne pas faire », mais une belle chose en elle-même, qui permet à ses adeptes d’explorer la beauté divine et ultimement d’en devenir une partie intégrante. « Un homme doit être un avec Dieu », a-t-il dit. Cela a été la voie d’une communion personnelle et d’une joie imperturbable du cœur. Sa religion a eu plusieurs dimensions en elle-même, menant toutes vers une vision humanistique du monde et une compréhension interne de la création de Dieu. Permettez moi de le dire dans ses propres mots.
 
La nature, dotée de ses beautés variées et de ses strates de significations, est une des manifestations de Dieu dans l’univers. L’appréciation, la jouissance et la contemplation des splendeurs de la nature sont une part de sa religion. « Tous ces levers et couchers du soleil, tous ces phénomènes complexes des couleurs du ciel, de l’aube au crépuscule. Toutes ces splendides et luxuriantes beautés. Comme un homme riche conserve précieusement l’acquisition d’un tableau unique, un homme devrait estimer et exulter dans la possession, sa possession personnelle de toutes les curiosités de ce monde unique… Je lève les yeux dans la nuit et je sais, je connais la gloire des étoiles. C’est là que les étoiles nous parlent et le sens de ce mystère est dans notre sang. » Être un avec Dieu est également important à un autre niveau. Ceux qui atteignent ce stade de la compréhension de Dieu trouveront que derrière le masque de leur chagrin, quel que soit le degré de son amertume, leur âme sera en paix.
L’aspect ésotérique et mystique de sa foi personnelle est bien décrit dans certains passages de ses Mémoires. Se les rappeler est comprendre l’homme qui les a écrit. « Il y est dit que nous vivons, nous déplaçons, et existons en Dieu… Quand nous réalisons le sens de ces écrits, nous nous préparons déjà pour l’offrande du pouvoir de l’expérience directe. » L’amour d’un être humain pour son prochain est l’indication d’une joie qui préserve tous les trésors de la vie, toutes les renommées, toutes les fortunes, tous les pouvoirs, toutes les richesses. Le spirituel aime l’illumination, et « l’expérience sublime de la vision directe de la réalité du don et de la grâce de Dieu, » surpasse tout ce que l’amour humain peut nous donner. « Pour ce don, nous devons toujours prier. » L’homme a le devoir de « s’ouvrir un chemin direct qui mènera constamment son âme personnelle et le liera à l’âme universelle dont l’Univers est une des infinies manifestations. » Un autre contraste confirme à nouveau le même message. Dans nos prières habituelles « la vénération du Bien-aimé rempli chaque recoin et cavité de la conscience humaine, » mais « dans les rares moments suprêmes de l’extase spirituelle, la lumière du paradis aveugle la pensée et l’esprit en comparaison à toutes les autres lumières, et efface tous les autres sens et perceptions. »
La disposition impérative de son exhortation reflète la force et la vigueur de sa conviction. « L’homme ne doit jamais ignorer, ne pas s’occuper et ne pas développer cette étincelle du divin qui est en lui. Le chemin vers l’accomplissement personnel, vers la réconciliation individuelle avec l’univers qui nous entoure, est comparativement facile pour n’importe qui, croyant fermement et sincèrement, comme dans mon cas ; cette grâce divine a donné à l’homme, dans son propre cœur, les possibilités d’illumination et d’union avec la réalité. » Et il a conclu : « La vie, dans une analyse ultime, m’a enseigné une leçon endurante. Le sujet devrait toujours disparaître dans l’objet. Dans nos affections réciproques courantes, dans notre travail quotidien manuel ou intellectuel, la plupart d’entre nous découvriront assez vite que toute satisfaction durable, tout contentement que nous pouvons avoir, est le résultat de l’oubli de soi, ou la réunion d’un sujet avec son objet dans une harmonie du corps, de la pensée et de l’esprit. Et dans le plus grand domaine de la conscience, tous ceux qui croient dans un Être Suprême sont libérés de toutes les entraves et tous les liens gênant de l’auto subjectivité, dans la prière, dans la méditation devant l’éclatant rayonnement de l’Éternité, dans lequel toute conscience temporelle et terrestre est absorbée et devient, elle-même, l’éternel. »
 
Le conseil de l’Aga Khan à ses héritiers résume sa philosophie de la religion. « Laissons les chercher la communion avec la réalité éternelle que j’appelle Allah et que vous appelez Dieu ! Cela est le double problème de l’existence, être en même temps entièrement vous, et un avec l’Eternel. Je dis que vous devez faire l’effort d’ajuster vos désirs à l’événement, et non l’événement à vos désirs. » Nous souhaitons que nous pourrons tous, suivre ce sage conseil !
 
Conclusion

A la lumière de cela, des idées et concepts similaires tirés tout au long de ses écrits et discours, je n’ai aucune hésitation à affirmer que ce qui a réellement motivé le cœur, la pensée et la conscience de l’Aga Khan III a été la forme la plus élevée de l’Humanisme Islamique. Je suis, en toute probabilité, la seule personne qui ait lu et relu chaque mot écrit ou prononcé par Sir Sultan Mahomed Shah. Et ce que j’ai lu et pesé : son style de vie, ses intérêts mondains et ses activités politiques malgré tout, me font dire qu’il a été un soufi dans son cœur.

Rien ne lui a fait plus bouger que la situation de l’homme ordinaire, la pauvreté de l’indigent, l’impuissance du faible et l’ignorance de l’illettré. Toute sa vie, il s’est efforcé d’enlever cette corde, ou du moins, de desserrer cette emprise. Il n’a pas complètement réussi, aucun homme ne le fait ou ne le peut, mais il a accompli beaucoup plus que la plupart ne l’ont fait. Pour cela, nous nous souviendrons de lui et bénirons son nom. Aucun homme ayant fait du bien, ne meurt complètement. Ses actions sont devenues une partie de l’histoire, et sa mémoire rejaillit éternellement dans chaque génération.

Révisé et édité à partir d’un article qui est apparu dans : The Ismaili United Kingdom, Supplément, juillet 1998, pp. 1-4.

Dans cette étude, l’auteur examine la personnalité de Sir Sultan Mahomed Shah,...