Speech

Prononcé par Son Altesse l’Aga Khan à l’Ecole des Affaires Internationales et Publiques de l’Université de Columbia

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New York, Etats Unis

15 mai, 2006

 


 

 

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Monsieur le Doyen Anderson,

Chers Membres de la Faculté,

Etudiant diplômés et Parents,
Chers invités distingués,

Mesdames et Messieurs

 

Je suis profondément honoré d'être ici avec vous et vous suis très reconnaissant de votre invitation. Il s'agit d'une journée mémorable dans votre vie personnelle, comme dans celle de cette école — et je suis heureux de partager cela avec vous.


On dit qu'un bon orateur lors d’une cérémonie de graduation est une personne qui peut parler à une personne durant son sommeil. J'espère que nous allons briser ce schéma aujourd'hui.


Un sondage d’opinion a récemment dévoilé que les Américains diplômés souhaitent, plus que n’importe quoi, avoir comme orateur lors de leur cérémonie de graduation, quelqu’un «à qui ils puissent se référer » Mais ce test, selon le même sondage, a révélé que l’orateur universitaire le plus populaire, ces dernières années, serait le personnage de Sésame Street, Kermit la Grenouille. J'ai trouvé un peu intimidant de me demander, tout simplement où l'Imaminfo-icon des Musulmans Shiites Ismailis se situerait sur cette même échelle par rapport à Kermit la Grenouille!


Les cérémonies telles que celle que nous observons aujourd'hui sont précieuses car elles nous aident à rapprocher le passé de l'avenir – de nous voir comme des acteurs dans de plus grands récits. Le récit de Cette École a maintenant soixante ans - embrassant toute la période de l'après-guerre. Durant cette période vous avez considérablement élargi autant les communautés que vous servez, que les programmes à travers lesquels vous les servez.


Votre histoire reflète une conviction permanente selon laquelle les défis de notre époque sont fondamentalement des défis mondiaux – appelant autant des réponses multidisciplinaires que des réponses multinationales.


Alors même que le SIPA célèbre son 60ème anniversaire, je me rapproche de mon propre anniversaire– le 50e anniversaire l'année prochaine, à mon accession en tant qu’Imam des Musulmans Shiites Ismailis.


Bien que j'aie été éduqué en Occident, mon point de vue au cours de ces cinquante dernières années a été profondément modelé par les pays de l’Asie du Sud et de l’Asie Centrale, du Moyen-Orient et de l’Afrique, où les Ismailis vivent et où ils sont majoritairement concentrés. Depuis cinq décennies, cela a été mon monde – ma préoccupation quasi permanente. Et c'est de cette expérience que je vais vous parler aujourd'hui.


Pour le monde en voie de développement, ce demi-siècle passé a été une période d’espoir récurrent et de fréquentes déceptions. De grandes vagues de changement ont déferlé sur le paysage– depuis l'effritement des hégémonies coloniales au milieu du siècle jusqu’ à l'effondrement récent des empires communistes. Mais trop souvent, ce qui s'est dépêché de remplacer l'ancien ordre, ont été de vains espoirs — non seulement une fausse image d’un état socialiste, non-aligné et dirigé par un parti unique, mais aussi les fausses gloires d’un nationalisme romantique, d’un tribalisme étroit, et la fausse valeur d’un individualisme frénétique.


Bien entendu, il y a eu des exceptions bienvenues face à cette tendance. Mais trop souvent, un pas en avant a été accompagné par deux pas en arrière. L’espoir d’un meilleur avenir a souvent signifié l'espoir d’une survie, et non pas l’espoir d’un progrès. L'ordre ancien a certes laissé sa place, mais un nouveau monde n'était pas prêt à naître.


Aujourd'hui, ce sentiment de frustration s’est aggravé – tant dans les pays riches que dans les pays pauvres – par une multitude de nouveaux défis. Ils vont des modèles climatiques qui changent aux virus mutants, des nouvelles technologies numériques et biogénétiques aux nouveaux modèles de vie familiaux et vers un nouveau métissage des cultures.


En même temps que l'économie mondiale s'installe, les migrations mondiales atteignent des niveaux record. Les immigrés représentent désormais les deux tiers de la croissance de la population dans les 30 pays développés de l'OCDE. Une société homogène est clairement une société multiculturelle.


Pendant ce temps, l'écart s'élargit entre les pays riches et les pays pauvres. Les populations explosent et l'environnement se détériore. L'État-nation lui-même est nouvellement contesté par des forces non étatiques — y compris par le crime mondial et le terrorisme.


Chaque fois que je m'assieds avec de grands penseurs et dirigeants – je reviens avec une question obsédante. Comment se fait-il, étant donné l'étendue de notre apprentissage collectif– sans précédent dans l'histoire humaine – que nous avons une telle difficulté à contrôler ces développements ? Pourquoi notre maîtrise intellectuelle croissante du monde est-elle si souvent accompagnée dans la pratique par un sentiment grandissant de dérive ?


Ma réponse à cette question se concentre, de plus en plus, sur le fait que les institutions démocratiques ne sont pas allées au bout de leur potentiel. À la fois dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement, la promesse de la démocratie a trop souvent été décevante.


Durant des siècles, les gens éclairés ont soutenu que la démocratie était la clé du progrès social. Mais, aujourd'hui, cette affirmation est contestée.


Dans les pays où je suis directement impliqué, le XXIe siècle a déjà connu au moins une demi-douzaine de crises constitutionnelles. L’aspect triste – difficile à avaler et difficile à nier – est que presque quarante pour cent des nations membres des Nations Unis sont maintenant classés non seulement comme des États ratés – mais comme des « démocraties déchues ».


Notre principal défi durant ce nouveau siècle – en tant que dirigeants et futurs dirigeants de notre monde – et de renouveler la promesse faite par la démocratie.


Le point positif, que les systèmes démocratiques sont le plus susceptibles de posséder, après tout, sont qu’elles se corrigent elles-mêmes. Un système de responsabilité publique prévoit toujours le meilleur espoir de changement sans violence. Et seule cette vertu rachètera le concept entier. Elle expliquera le fameux point de vue de Churchill, selon lequel la démocratie est la pire forme de gouvernement, à l'exception de toutes les autres.


Notre défi n’est pas de trouver une alternative à la démocratie, mais de trouver plus et de meilleurs moyens de faire fonctionner la démocratie.


Pour répondre à ce défi aujourd'hui, je voudrais faire quatre observations – quatre suggestions pour approcher nos déceptions démocratiques et faire progresser nos espoirs démocratiques.


Mes commentaires retiennent, tout d'abord, la nécessité d'une plus grande souplesse afin de définir les chemins d'accès à la démocratie ; Deuxièmement, la nécessité d'une plus grande diversité dans les institutions qui participent à la vie démocratique. Troisièmement, la nécessité d'étendre la capacité du public dans la démocratie ; et enfin, la nécessité de renforcer l'intégrité publique--sur laquelle repose la démocratie. Permettez-moi de dire quelques mots au sujet de chacun d’entre eux.


Mon premier souci consiste à définir les chemins vers la démocratie avec plus de souplesse. Nous aimons à dire que la démocratie implique une approche pluraliste de la vie – mais cette approche pluraliste de la démocratie n’est que très rarement prise. Trop souvent, nous insistons sur le fait que les démocraties doivent toutes suivre un script similaire – évoluer à un rythme similaire – sans reconnaître que des circonstances différentes peuvent appeler différentes constructions.


L'ultime recours dans toute démocratie doit être la notion de souveraineté populaire. Mais au sein de ce concept, il y a de la place pour de la variation. Une taille ne doit pas convenir à tous – et essayer de rendre tout le monde compatible à cette taille peut être une recette pour aller à l'échec.


Les démocraties les plus réussies du monde ont eu des histoires largement différentes – chacune prenant sa propre forme selon son propre calendrier.


Comment le pouvoir est-il le mieux divisé et équilibré ? Comment les allégeances laïques et spirituelles devraient-elles interagir ? Comment l’autorité traditionnelle peut-elle – même l’autorité monarchique– se rattacher aux cadres démocratiques ? Comment est-ce que l'intégrité des cultures minoritaires et celle des systèmes de foi peuvent se réconcilier avec la règle de la majorité?


Il est simpliste de souhaiter que nos destinations démocratiques soient semblables – qu'elles ne puissent pas être atteintes par plusieurs chemins. L'esprit démocratique de la liberté et de la flexibilité doivent commencer par réajuster nos définitions de la démocratie elle-même.


Même si nous pensons avec plus de souplesse à la démocratie, nous devrions également envisager un deuxième objectif : diversifier les institutions de la vie démocratique.


L'une des raisons, pour lesquelles les gouvernements subissent des échecs, est que nous dépendons trop d’eux. Nous investissons beaucoup trop d'espoirs dans les promesses politiques et nous confions un trop grand nombre de tâches aux régimes politiques.


Les gouvernements seuls ne font pas fonctionner la démocratie. Les démocraties les plus réussies sont celles dans lesquelles les institutions non-gouvernementales de la « société civile» jouent également un rôle vital.


La société civile est alimentée par des énergies privées volontaires, mais elle est engagée pour le bien public. Elle inclut les institutions concernant l'éducation, la santé, la science et la recherche. Elle embrasse des organisations professionnelles, commerciales, du travail, ethniques et artistiques, ainsi que d'autres consacrées à la religion, à la communication et à l’environnement.


Parfois, dans notre préoccupation avec le gouvernement, nous remisons l'impact de la société civile, y compris le potentiel des ONG constructives. Mais nous ne pouvons plus aujourd’hui nous permettre ce regard extérieur. Répondre aux réalités d'un monde complexe nécessite un renforcement des institutions civiques. Elles stimulent le progrès social – même lorsque les gouvernements faiblissent, et parce qu'elles sont si intimement reliées au public, elles peuvent concevoir de nouveaux modèles et identifier les nouveaux problèmes avec une sensibilité particulière.


Mais de telles évolutions ne peuvent aboutir sous la contrainte. Elles nécessitent un environnement encourageant, habilitant, soutenu par un large public enthousiasmé par les objectifs sociaux. Et soyons clairs : Je suis ici parce que je crois que la SIPA, avec l’arrivée annuelle de diplômés aptes, peut apporter une énorme contribution dans le monde entier, face à une telle situation.


Le développement de la société civile peut aussi aider à relever le défi grandissant de la diversité culturelle. Comme les communautés deviennent plus pluralistes dans les faits, elles doivent également devenir plus pluralistes dans l'esprit. Une société civile dynamique peut donner à diverses circonscriptions, des moyens efficaces d'exprimer et de préserver leur identité distincte, alors même qu'elles interagissent avec de nouveaux voisins.


On nous dit souvent qu'accroître les échanges entre les cultures produira inévitablement un « Choc des Civilisations, » particulièrement entre l'Islam et l'Occident. De telles prédictions pourraient devenir des prophéties qui se réaliseront s’il y a suffisamment de gens pour le croire. Mais cela n’est ni nécessaire, ni doit être le cas.


Le vrai problème auquel nous devrons faire face, est, ce que j'appellerais un « Choc de l’Ignorance », des deux côtés, un problème qui néglige par exemple, la longue histoire de respect et de coopération entre les peuples islamiques et Occidentaux et leurs civilisations respectives.


Ceci est un moment opportun de rappeler comment l’histoire Nord-Américaine a été façonnée, au fil des siècles, par divers groupes culturels. Dans l'avenir comme par le passé, cette diversité peut être un moteur de créativité énorme – si elle est maintenue par ce que j'appellerais « une nouvelle éthique cosmopolite ». Afin d'encourager ce processus, le Réseau de Développement Aga Khan a récemment formé un partenariat avec le gouvernement du Canada afin de créer un nouveau Centre International du Pluralisme à Ottawa.


S'appuyant sur l'expérience des Ismailis ainsi que sur le modèle pluraliste du Canada lui-même, le Centre reconnaît que nous ne pouvons pas rendre le monde sécuritaire concernant la démocratie, si nous ne rendons pas également le monde sécuritaire au niveau de la diversité – et que ce renforcement ne pourra être atteint que par des institutions de la société civile. Elles pourront contribuer de manière significative à cet objectif.


Mon troisième point concerne la capacité publique du gouvernement démocratique. Il s'agit d'un problème que, trop souvent, nous traitons avec trop de sentimentalité, évitant de reconnaître que les démocraties publiques ne sont pas toujours sages.


Une mauvaise communication publique fait partie du problème. Stimulée par une politique et des objectifs de profits à court terme, les medias, de plus en plus fréquemment, disent à leur auditoire ce qu'ils veulent entendre plutôt que ce qu'ils devraient entendre. Et ce que trop de gens veulent, ce n'est pas d'être informés, mais être divertis.


Il en résulte notamment une carence dans la presse internationale. On m’a dit que les nouvelles internationales représentent actuellement un pourcentage très faible dans le flot des nouvelles américaines, par rapport à la génération précédente. Grâce à Internet, les spécialistes peuvent obtenir plus de renseignements et depuis plus de place que jamais auparavant. Mais, pour le grand public, en Amérique comme ailleurs, l’information mondiale a diminué, alors que les engagements mondiaux se sont élargis.


Si une meilleure communication est une partie de la réponse, une meilleure éducation en est une autre. Cela implique, surtout, l’élaboration de nouveaux programmes qui répondront aux nouvelles exigences – particulièrement dans les pays en voie de développement. Nous devons en faire davantage pour préparer les dirigeants du XXIe siècle à la vie économique sur le marché mondial, à la vie culturelle dans les sociétés pluralistes, à la vie politique dans les démocraties complexes. Notre système de parrainage Aga Khan pour les académies et universités est actif partout dans le monde en développement afin de créer de nouveaux modèles d'enseignement. Mais notre travail ne commence qu’à effleurer l'énormité du défi.,


Une éducation et une communication améliorées peuvent être utiles, mais nous devons aussi être réalistes quant aux capacités publiques. Je pense, par exemple, que les institutions publiques sont trop souvent appelées à voter sur des questions qui les déroutent. Ces derniers mois, en Afrique et en Asie – les nouvelles constitutions nationales ont été laissées à la merci de referendums publics de masse– posant des questions complexes, et théoriques bien au-delà de la capacité des politiciens à expliquer et au public de les maîtriser. Cette situation n’est pas cantonnée au monde en voie de développement. Nous avons vu une situation similaire l'an dernier lorsque le public français a rejeté un nouveau traité constitutionnel Européen qui était long de 474 pages.


Les démocraties ont besoin distinguer de façon responsable les prérogatives du peuple et les obligations de leurs dirigeants. Et les dirigeants doivent satisfaire à leurs obligations. Lorsque les démocraties échouent, c'est généralement parce que le public est devenu impatient envers des gouvernements et des dirigeants inefficaces.


Lorsque les parlements n'ont pas la structure ou l'expertise nécessaire pour s'attaquer aux problèmes complexes – ou quand un système de contrôle et de contrepoids empêche une action plutôt que de la redéfinir – alors le peuple désenchanté se tourne souvent vers les autocrates. Le programme de développement des Nations Unies a récemment indiqué, par exemple, que 55 % des personnes interrogées dans 18 pays d'Amérique latine appuieraient un régime autoritaire s’il introduisait le progrès économique. Alors, dans de trop nombreux cas le progrès et la démocratie ne sont pas allés de pair.


La meilleure façon de racheter le concept de la démocratie à travers le monde est d'améliorer les résultats qu'il délivre. Les pays développés, plutôt que de parler autant de la démocratie sur le plan conceptuel, devrait en faire plus – beaucoup plus – pour aider la démocratie à travailler sur le plan pratique. Notre objectif doit être « des démocraties pleinement fonctionnelles » – qui apportent des améliorations authentiques dans la qualité de vie de leurs peuples. Nous ne devons pas forcer la population à choisir entre un gouvernement démocratique et un gouvernement compétent.


Cela m'amène à mon sujet final : la nécessité d’un pas de plus vers une plus grande intégrité publique. L’augmentation du nombre de personnes qui partagent le pouvoir social, ne représente que la moitié du combat. La question cruciale est de savoir comment ce pouvoir est utilisé. Comment pouvons-nous inciter les gens à aller au-delà du matérialisme effréné, de l'individualisme complaisant et du relativisme sans scrupules.


Une réponse est d'accroître nos efforts sur les prérogatives personnelles et les droits individuels, avec une préoccupation élargie concernant les responsabilités personnelles et les objectifs communautaires. Une passion pour la justice, la quête de l'égalité, le respect pour la tolérance, une dédicace à la dignité humaine – telles sont les valeurs humaines universelles qui sont largement partagées malgré les divisions de classe, de race, de langue, de foi et de géographie. Elles constituent ce que les philosophes classiques – dans l'Est et l'Ouest pareillement– ont décrit comme la «vertu» humaine– non pas simplement l'absence de contraintes négatives à la liberté individuelle, mais également un ensemble de responsabilités positives, de disciplines morales empêchant la liberté de se transformer en licence.


Historiquement, l’une des ressources les plus puissantes pour toute culture a été de ressentir qu’il était écrit quelque part, que demain sera mieux qu'aujourd'hui, et qu'il y a des raisons d'adopter ce que j'appellerais « un récit du progrès ».


Le droit des individus à rechercher une meilleure qualité de vie au sein de leur propre vie – et de bâtir une vie meilleure pour leurs enfants – sont des aspirations personnelles qui doivent devenir des valeurs publiques.


Mais un sentiment sain d'intégrité public, à mon avis, sera difficile à entretenir au fil du temps sans un solide fondement religieux. Dans la tradition islamique, la conduite de la vie terrestre est inséparablement liée avec les préoccupations de la vie spirituelle – et on ne peut parler de l'intégrité sans parler également de la foi.


Pour l'Islam, l'importance de cette connexion est un élément de la foi, telle une profonde fusion des préoccupations mondaines et des idéaux spirituels que l'on ne peut imaginer l'un sans l'autre. Les deux sont indissociables. Ils constituent « un mode de vie ».


Dans cette perspective, je placerais au-dessus de toutes nos priorités, tant à l’intérieur qu'à l'extérieur du monde islamique, la nécessité de renouveler nos traditions spirituelles. Certes, la liberté religieuse est une valeur essentielle dans une société pluraliste. Mais si la liberté de religion se détériore en liberté vis-à-vis de la religion – alors je crains que nous soyons bientôt perdus dans un paysage sombre et stérile – sans boussole ou feuille de route, sans aucun sens de l'orientation face à la destination finale.


Je comprends pleinement l'engagement historique de l'Occident à séparer le profane du religieux. Mais pour de nombreux non-occidentaux, y compris la plupart des Musulmans, le royaume de la foi et celui des affaires courantes ne peuvent être des antithèses. Si « le modernisme » manque de dimension spirituelle, il s’apparentera au matérialisme. Et si l'influence modernisante de l'Ouest est instamment et exclusivement une influence séculaire, alors une grande partie du monde islamique va être quelque peu éloigné d’elle.


Un sentiment profondément enraciné de l'intégrité publique signifie plus que l'intégrité du gouvernement, aussi importante soit-elle. Des manquements éthiques en médecine et en éducation, des malversations en affaires et en matière bancaire, de la malhonnêteté parmi les journalistes, les scientifiques, les ingénieurs ou les chercheurs – toutes ces faiblesses peuvent miner les démocraties les plus prometteuses.


Permettez-moi enfin d’appuyer ma ferme conviction selon laquelle l'intégrité publique ne peut croître sous la menace de déclarations autoritaires. Elle doit être ancrée dans le cœur humain et dans la conscience. Comme le dit le Saint Qur’aninfo-icon: « Il n'y a aucune contrainte dans la religion ». La résurgence de la spiritualité – potentiellement une force positive – peut devenir une influence négative lorsqu'elle se transforme en autosatisfaction et s'impose aux autres. Comme toutes les grandes religions du monde, l'Islam met en garde contre le danger de se comparer à Dieu et met l'accent principal sur les qualités telles que la générosité, la miséricorde et l'humilité.


Un élément central dans toutes les perspectives religieuses, me semble-il, est un sentiment de limitation humaine, une reconnaissance de notre propre barrière humaine – une posture de profonde humilité devant le divin. C’est dans cette sensibilité que réside notre meilleure protection contre le dogmatisme fractionnel et notre meilleur espoir pour un pluralisme créatif.


En conclusion, alors , je vous demanderais – lors de votre départ de cette Université vers un monde éclectique et en demande—de penser aux considérations permettant de renouveler la promesse de créer de nouveaux modèles de démocratie plus souple: en définissant la démocratie, en élargissant le rôle de la société civile: en augmentant les capacités publiques à appliquer l’auto-gouvernance: et en renforcent notre engagement envers l’intégrité publique.


Avec tous ces moyens, je pense que nous pourrons aider à restaurer la confiance en la promesse d’une vie démocratique, en affirmant avec fierté nos identités culturelles distinctes, tout en embrassant avec enthousiasme les nouveaux potentiels mondiaux.


A tous les diplômés, ma prière est que Dieu vous guide et qu’il vous accompagne lors de l’accomplissement de vos destinés.


Merci.