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  • Temps Cyclique et Gnose Ismaélienne

    trad. Ralph Manheim et James Morris. Londres: Kegan Paul International en association avec Islamic Publications Ltd., 1983. pp. x, 212.

    ISBN Paperback:
    0 7103 0048 4
    ISBN HardBack:
    0 7103 0047 6
  • L’ouvrage Cyclical Time and Ismaili Gnosis reprend, en traduction anglaise, trois des plus riches et plus complexes études d’Henry Corbin présentées à l’origine aux conférences d’Eranos en 1951 et 1954 et à une autre conférence en 1956. Chacune de ces trois études relativement anciennes est construite autour d’une comparaison complexe et extrêmement créative des correspondances phénoménologiques entre des textes (souvent très fragmentaires) d’un large éventail de traditions spirituelles de la fin de l’Antiquité (dont le Manichéisme et les sectes de l’Iran sassanide) – tous gnostiques au sens originel du terme grec tel que le pratiquait Corbin, et non pas dans le sens historique plus étroit utilisé par les savants contemporains – et des thèmes spirituels comparables dans un choix tout aussi large de textes islamiques préservés dans la tradition shi’ite ismaélienne postérieure. Les textes et les auteurs islamiques étudiés ici couvrent de nombreux siècles et représentent de nombreuses régions (de l’Égypte à l’Asie Centrale) et des points de vues religieux et philosophiques radicalement différents. Ils illustrent merveilleusement la riche créativité, la diversité et le pouvoir d’assimilation de la pensée islamique au cours des premiers siècles de cette civilisation. (Malgré la richesse et la complexité des comparaisons développées ici, l’auteur ne se préoccupe pas de prouver des liens historiques >, mais d’illustrer les orientations et les spéculations spirituelles récurrentes ainsi que les archétypes qui intéressaient le groupe Eranos.) Tandis que la méthode comparative et phénoménologique est celle communément associée à Mircéa Eliade, un ami très proche de Corbin, la densité, la sophistication et l’intensité littéraire et dramatique des écrits de Corbin appartiennent à un registre radicalement différent.

    Bien que plusieurs décennies se soient écoulées (ou sans doute parce que le temps écoulé a permis de mettre en valeur la dimension littéraire et créative permanente des Œuvres de Corbin), il est aisé de voir comment les premières traductions de ces conversations par Bollingen ont inspiré notamment l’école des poètes de Black Mountain et plusieurs générations de praticiens de la psychologie de Jung. Nous pouvons dire sans nous tromper qu’aucun des savants postérieurs étudiant les traditions gnostiques et hellénistiques abordées ici, ou les nombreuses écoles de pensée shi’ites utilisées pour ces comparaisons, n’a réussi à approcher, même de loin, l’extraordinaire empathie de Corbin et sa capacité inspirée à donner vie aux dimensions humaines plus profondes et permanentes ; les travaux de ces savants ressemblent en effet souvent à des exposés secs, fragmentaires, arbitraires, ennuyeux et schématiques proposés dans de simples traductions et éditions. Mais loin d’être un signe de dilettantisme, cette orientation et cette empathie remarquables étaient clairement le fruit de la collaboration de toute une vie et de l’amitié de Corbin avec les plus éminents savants internationaux du gnosticisme et des religions de la fin de l’Antiquité ; la plupart d’entre eux étaient par ailleurs ses collègues à l’École Pratique ou au tout proche Institut Catholique de Paris, et certains faisaient partie des plus grandes figures de la diaspora fuyant l’Allemagne hitlérienne.

    L’incroyable profusion de ces comparaisons souligne tout particulièrement le fait que c’est essentiellement dans les sources islamiques de ce type (et notamment les premières sources shi’ites), que l’on peut trouver les illustrations de loin les plus riches et les plus nombreuses des influences permanentes (et des contextes religieux véritables) de la vie religieuse et spirituelle (qui comprend habituellement la vie scientifique et philosophique) de la fin de l’Antiquité dont ne subsistent souvent que de simples fragments, pratiquement indéchiffrables, dans les langues originales de cette époque. Les modes idéologiques et les pressions politiques des mouvements islamiques contemporains, qu’ils soient shi’ites ou sunnites – avec leur insistance caractéristique sur le caractère unique de la Tradition et leur aversion correspondante envers tout ce qui suggère même de loin l’excès (ghuluww) – ont fait que seuls quelques savants de l’Islam, que ce soit à l’Est ou à l’Ouest, ont porté une attention sérieuse, au cours du demi siècle qui a suivi les recherches pionnières de Corbin, à cet abondant et passionnant trésor de documentation. On ne peut donc qu’espérer que ce volume (et les traductions des études qui l’accompagnent dans Temple et Contemplation), suscitera l’intérêt d’une nouvelle génération d’étudiants qui reconnaîtront l’importance critique de telles études dans le contexte de la nouvelle discipline sur la spiritualité comparée qui commence à émerger des fondements des religions comparées.

    La première de ces études, Temps Cyclique dans le Mazdéisme et dans l’Ismaélisme >, aborde l’importance symbolique et la fascination spéculative des dimensions eschatologiques tant cosmique que plus personnelle du temps. Ceci, d’abord d’après les preuves fragmentaires des textes zoroastriens postérieurs (et des textes gnostiques apparentés) – qui reflètent eux-mêmes les problématiques correspondantes plus familières dans les contextes bouddhiques et hindous – et ensuite d’après un large choix de textes ismaéliens que le Professeur Corbin (et ses contemporains Ivanow et Strothmann) venait de porter à la connaissance des savants occidentaux. Et bien que la langue de Corbin, son approche comparative et ses penchants personnels pour les sources shi’ites tendent toutes à souligner la nature apparemment mystérieuse et inhabituelle de ces spéculations ismaéliennes, il est utile de rappeler que ces mêmes problématiques et préoccupations sous-jacentes sont en fait profondément ancrées dans la façon dont le Coran (et les Hadithinfo-icon appropriés) aborde le temps et l’eschatologie ainsi que les spéculations concernant le Mahdiinfo-icon et les personnages analogues ; cette approche devint plus tard centrale aux traditions soufies et à la spiritualité populaire sunnite (et plus particulièrement le culte des saints ou awliya’), ainsi que l’ont révélé nombre d’études majeures plus récentes sur Ibn al-‘Arabi et Hakim Tirmidhi. Mais après avoir souligné l’intérêt scientifique permanent et la pertinence de ces études, nous devons mentionner en conclusion l’évocation récurrente chez Corbin de perspectives parallèles : il soulignait notamment la pertinence spirituelle immédiate de ces idées pour l’individu par le biais de citations de Balzac, de la mystique de Merkavah et des Romantiques allemands tels que Schelling – tous familiers à son auditoire d’Eranos – d’une manière qui transforme littéralement l’étude toute entière en une série d’intenses méditations dirigées.

    La seconde étude, et la plus longue avec près de 100 pages, Epiphanie Divine et Naissance Spirituelle dans la Gnose ismaélienne >, est en fait un livre en soi. Malgré l’insistance du titre sur les sources ismaéliennes (ici encore, au sens large car il se réfère à un large éventail de textes gnostiques conservés dans des bibliothèques et des collections ismaéliennes), ceci est en fait une étude soigneusement construite sur le thème de dokesis – l’apparence terrestre ou manifestation > d’un personnage spirituel sous-jacent (souvent appliqué aux christologies docétiques > du Coran et à de nombreux textes gnostiques) – et des problématiques apparentées plus vastes telles que la prophétologie (et l’imamologie pour les shi’ites), les cycles de l’histoire et la progression spirituelle à travers des mondes d’existence célestes plus élevés. Il commence par l’examen de ces idées dans de nombreuses traditions (manichéennes, gnostiques, etc.) de la fin de l’Antiquité et poursuit par leur développement dans les sources ismaéliennes et d’autres sources islamiques proto-shi’ites >. Encore une fois, les étudiants en religions reconnaîtront la pertinence particulière de toutes ces problématiques par rapport à des formes et à des spéculations analogues dans les pensées bouddhiques et hindoues. Et les étudiants en Islam remarqueront comment des études plus récentes (particulièrement le Sceau des Saints de M. Chodkiewicz) ont à nouveau souligné la place centrale de ces perspectives chez Ibn ‘Arabi et leurs multiples expressions – que ce soit dans la dévotion ou la pratique et les expressions spéculatives de la foi – en relation avec les saints (awliya’) et les prophètes dans le Soufisme et les courants majeurs de la vie religieuse islamique dans toutes les parties du monde musulman. Cette étude est donc particulièrement pertinente pour la science de la spiritualité et ce projet de philosophie mondiale comparée définie par le dernier collègue de Corbin (à Téhéran), Toshihiko Izutsu.

    La troisième étude de cette trilogie, De la Gnose antique à la Gnose ismaélienne >, reprend un certain nombre de thèmes gnostiques – se rapportant essentiellement à la prophétologie > et au système sous-jacent des cycles > historiques que l’on retrouve chez la plupart des auteurs classiques shi’ites ismaéliens – depuis les sources hellénistiques en passant par l’Umm al-Kitab (pour lequel se pose le problème de son authenticité) et en se terminant par le grand penseur ismaélien Abu Hatim al-Razi (philosophe et théologien dont les Œuvres figurent également de façon importante dans les deux études précédentes). Corbin souligne ici le souci qu’avait Razi de rétablir la légitimité prophétique du personnage de Zoroastre (un projet compréhensible dans l’Iran de l’époque, repris plus tard par le philosophe et mystique Suhrawardi), ainsi que l’intérêt typique qu’il manifestait ouvertement pour les idées et les points de vues des autres groupes religieux (du moins les groupes monothéistes), qui constituaient l’une des caractéristiques les plus marquantes de la plupart des figures majeures de la pensée ismaélienne classique. Et ce faisant, Corbin propose ici aussi, des projets et des orientations nouvelles, cachés dans ces trésors presque oubliés qui méritent largement de plus amples développements et recherches dans la société mondiale nécessairement pluri-culturelle et pluraliste qui émerge autour de nous.

  • Editorial Note
     

    1. CYCLICAL TIME IN MAZDAISM AND ISMAILISM
         Translated by Ralph Manheim
     

    1. Cyclical Time in Mazdaism
      The Ages of the World in Zorastrian Mazdaism
      The Absolute Time of Zervanism
      Dramaturgical Alterations
      Time as a Personal Archetype
    2. Cyclical Time in Ismailism
      Absolute Time and Limited Time in the Ismaili Cosmology
      The Periods and Cycles of Mythohistory
      Resurrection as the Horizon of the Time of “Combat for the Angel”

    2. DIVINE EPIPHANY AND SPIRITUAL BIRTH IN ISMAILIAN GNOSIS
         Translated by Ralph Manheim
     

    1. The Metamorphoses of Theophanic Visions
    2. Ebionite and Ismailian Adamology
    3. Hierarchies and Cycles: The Fundamental Angeleology of Ismailism
    4. Imamology and Docetism
    5. The Eternal Imaminfo-icon
    6. The “Quest of the Imam”

    3.FROM THE GNOSIS OF ANTIQUITY TO ISMAILI GNOSIS
         Translated by James W. Morris
     

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