Musulmans, Juifs et Chrétiens : Relations et Interactions

Cet article a été édité, à l'origine, dans The Muslim Almanac (Gale Research Inc, Detroit, MI: 1996), p.423-429, ed. A. Nanji.

Avec le recul de la fin du vingtième siècle, les relations entre les musulmans, les juifs et les chrétiens semblent à la fois meilleures et plus mauvaises qu'à n’importe quel moment du passé. Dans de nombreuses de parties du monde, les musulmans sont engagés dans un dialogue avec les juifs et les chrétiens. L'Islam est devenu la religion qui a eu l’accroissement le plus rapide dans le mélange multiconfessionnel des religions (du Nouveau Monde) et l’on retrouve, maintenant, des leaders musulmans, côté à côte, avec des rabbins, des prêtres et des ministres dans de nombreuses organisations civiques et religieuses.

Cependant, dans le même temps, les membres de ces trois religions sont en train de se combattre, les uns contre les autres, dans des guerres territoriales et nationalistes, qui ont pris des tonalités sectaires et religieuses. En triant cet état complexe des relations entre les musulmans, les juifs, et les chrétiens, il est important de garder à l'esprit que chacun des trois groupes religieux se basent sur leur passé historique pour savoir comment ils se relient aux autres groupes. Les interprétations de l'histoire, comme les textes sacrés et les doctrines traditionnelles, ont été jusqu’à maintenant, des facteurs détermination pour décider comment, bien ou mal, les musulmans, les juifs, et les chrétiens sont inter lié. Tout le long de cet article, l'auteur explique comment la compréhension de l’histoire et la façon dont l'histoire a été interprété, devient, alors, centrale dans la compréhension des diverses contestations faites par les membres de chaque religion.

Keywords


Musulman, juifs, chrétiens, relations Inter foi, Qur’aninfo-icon, Byzantine, Monothéisme, Sirainfo-icon, Ummayad, Ahl al-Kitabinfo-icon, Dhimmi, Ottoman, Sunna, Umma, Constitution de Medina, Histoire, al Azhar, Bayt al-Hikmainfo-icon, Safavid, Vatican, Église Catholique Romaine, Araméen, Coptes

 


 

 

Table des Matières


 


Les relations entre les musulmans, les juifs, et les chrétiens ont été façonnées, non seulement par les théologies et la croyance des trois religions, mais également, le plus souvent et fortement, par les circonstances historiques dans lesquelles elles se sont trouvées. En conséquence, l'histoire est devenue un fondement pour la compréhension religieuse. Dans chaque phase historique, la définition de ce qui a été considéré comme musulman, juif, ou chrétien s’est modifié, indiquant parfois seulement une identification religieuse, mais le plus souvent un détail concernant un groupe social, économique, ou politique particulier.


Tandis que la tendance est de placer le comportement linguistique, l'identité religieuse, et l'acquis culturel sous une seule bannière, une définition simple a existé pendant très longtemps, notre époque moderne, avec son idéologie du nationalisme, est particulièrement encline à un tel assemblage. Des identités ethniques ont été parfois réunies avec des identités religieuses, tant par les gens de l’intérieur que par des gens de l’extérieur, compliquant la tâche d'analyser les relations intergroupes et intercommunales.


Par exemple, les musulmans ont souvent été assimilés à des Arabes, effaçant l'existence des Arabes chrétiens et juifs (c.-à-d., membres de ces religions dont la langue est l’arabe et qui appartiennent principalement à la culture arabe), ignorant les musulmans non-Arabe qui constituent la majorité de musulmans dans le monde. Parfois, les relations entre les Arabes et les Israéliens ont été comprises comme des relations entre Musulmans et Juifs, attribuant les aspects de la culture Arabe à la religion de l'Islam et la culture Israélienne au Judaïsme.


Cela ressemble à ce qui s'est produit durant les Croisades, pendant lesquels les Arabes chrétiens ont souvent été considérés comme semblables aux musulmans par les envahisseurs Européens. Alors que dans les cultures, dans lesquelles l'Islam prédomine, ne font pas nécessairement des distinctions tranchées entre les aspects religieux et séculaires de la culture, de telles distinctions peuvent aider à comprendre plus facilement la nature des relations entre les musulmans, les juifs, et les chrétiens, et donc seront utilisés comme outil analytique dans ce chapitre.


Un autre outil important pour analyser les relations Musulmanes, Juives et Chrétiennes, est la mise en place d’idées et de comportements dans des contextes temporels et géographiques spécifiques. Les visions du passé ont eu une forte influence sur chacune des religions, et l'Islam plus que les autres. Beaucoup de musulmans ont une conscience aussi vive des événements du temps du Prophète, qu’ils ont de ceux de leur propre temps. Il est important qu’un musulman pratiquant sache comment le Prophète a construit ses relations avec les juifs et les chrétiens afin d’adapter leur conduite envers eux.


Le Qur’an et la sunna du Prophète sont des guides clés pour un musulman dans sa relation avec les juifs et les chrétiens, comme ils le sont dans tous ses domaines de conduite. Cette même conscience historique est présente aussi, parmi les juifs et les chrétiens, quand chaque groupe fait des réclamations pour des positions et un statut dans des sociétés Islamiques. Ce qui est important de se rappeler, c’est l'historique des interactions entre les musulmans, les juifs et les chrétiens. Chaque groupement a été formé, affecté et transformé par les autres, et il est tout aussi difficile d'imaginer ce que serait chaque religion, actuellement, sans la présence et l'influence des autres.

 


Quand le Prophète Muhammad naquit en 570 CE, l'Arabie était profondément impliquée dans des rivalités politiques, religieuses et économiques entre l’empire Byzantin et l’empire Perse Sassanian. L'Arabie était une importante route commerciale pour des marchandises venant de l'Extrême-Orient et de l'Afrique et elle a été stratégiquement importante pour la défense de chaque empire. Des Arabes ont été recrutés, des deux côtés, pourvoyant les cavaleries à cheval et à chameau et chaque empire a maintenu les états arabes clients comme des zones tampons et des bases d'opération. Près de cinquante ans auparavant, le dernier royaume juif en Arabie du sud, alliée aux Persans, a été vaincu et remplacé par une armée de Chrétien Monophysite d'Abyssinie, allié de Byzance.


Selon les premiers historiens musulmans, cette armée, menée par un général appelé Abraha, a essayé d’envahir la Mecque, l’année de la naissance de Muhammad parce que des Arabes païens avaient défié l’une des églises chrétiennes de l’Arabie méridionale. Abraha et ses forces ont, cependant, été défaits. Car les Abyssiniens avaient utilisé des éléphants de guerre pour leur tentative d’invasion, beaucoup pensent que sont ces éléphants dont parle le surah intitulée al-Fil dans le Qur'an : 105.


Il y a eu de nombreuses implantations chrétiennes dans toutes les régions méridionales et orientales de l'Arabie, mais peu dans le Hijazinfo-icon, la contrée de la naissance de Muhammad. Le Hijaz avait de nombreuses implantations juives, la plupart de longue date, depuis au moins de la période de la destruction du Deuxième Temple en 70 CE. D’après de nombreux érudits, la présence juive, dans le Hijaz, daterait de l’époque de Nabonidus, aux environs de 550 CE. Les juifs, établis dans cette région, étaient des marchands, des fermiers, des marchands de vin, des forgerons et, dans le désert, des membres des tribus Bedouines tribes.


La cité la plus importante, dominée par les juifs, a été la ville de Yathrib, connue plus tard sous le nom de Médine, elle a beaucoup comptée dans la fonction de Muhammad. Les Juifs de Hijaz semblaient avoir été plutôt indépendants, mais nous avons la preuve de leur alliance tant avec la Byzance qu'avec les Perses. Certains se sont réclamés comme "les rois" de Hijaz, ce qui signifiait probablement qu’ils étaient des percepteurs pour les Persans et, pour diverses raisons, les juifs étaient plus loyaux envers les intérêts persans qu’envers ceux de l'Empire Byzantin. Les juifs, ainsi que les chrétiens, semblaient avoir essayé de convertir la population Arabe à leurs points de vues religieux et politiques, le plus souvent avec peu de succès. La loyauté des juifs et des chrétiens envers l’un ou l'autre de ces deux empires signifiait qu’en choisissant le Judaïsme ou le Christianisme, on choisissait aussi de s'allier avec l’un ou l’autre de ces superpouvoirs intéressé à dominer l’Arabie.


Les sources arabes rapportent qu’à l'époque de la naissance de Muhammad, certains Mecquois avaient abandonné le polythéisme Arabe et avaient choisi le monothéisme. En arabe, ces individus étaient désignés sous le nom de hanif, que ce soit sous une formulation juive, chrétienne, ou non-sectaire. D’après l’évidence Qur’anique ou toutes autres évidences, il est clair que les Mecquois aient été familier avec les principes du judaïsme et du christianisme et connaissaient beaucoup de détails sur leur culte, leurs pratiques, et leurs croyances. Pendant les années formatrices et les premières années adultes de Muhammad, La Mecque, sa ville de naissance, avait un caractère très cosmopolite.


Quand Muhammad a eu sa première révélation en 610 CE, son épouse Khadija a cherché conseil auprès de son cousin, Waraqa ibn Nawfal , un érudit dans les écritures Juives et Chrétiennes. Muhammad a, par la suite, déclaré qu'il était la continuation des traditions prophétiques Judaïques et Chrétiennes, clamant qu'il avait été prévu dans l’Écriture Juive et Chrétienne.


Une doctrine centrale de l'Islam place Muhammad à l'extrémité de la chaîne des prophètes de Dieu, commençant par Adam et embrassant toutes les figures prophétiques principales du Judaïsme et du Christianisme, incluant Abraham, Moïse, et Jésus. Le démenti de cette idée centrale par les juifs et les chrétiens serait dû à la corruption des textes sacrés, par inadvertance ou exprès. Cette disparité dans les perspectives repose plus sur ce que les musulmans pensent de leurs congénères juifs et chrétiens, et des vues islamiques triomphalistes au regard de la validité de l'Islam, contre la fausseté partielle des deux autres traditions.


Le Qur’an et la Sira (biographie traditionnelle du Prophète Muhammad) présentent des attitudes ambivalentes envers les juifs et les chrétiens, reflétant les diverses expériences de Muhammad et de la jeune communauté musulmane envers les juifs et les chrétiens en Arabie. Les chrétiens seraient plus proches des musulmans en «amour» (Qur'an 5:82), mais les musulmans ne doivent pas prendre des juifs ou des chrétiens comme «des alliés ou des dirigeants » (Qur'an 5:51). Le Qur'an fait souvent une distinction entre les «enfants d’Israël» (c.-à-d., les juifs mentionnés dans la Bible) et les membres des tribus juives en Arabie durant l’époque de Muhammad.

Cette distinction est également présente dans la Sira et autres histoires. Quelques juifs sont représentés comme étant hostiles à Muhammad et à sa mission, alors que d'autres se sont ralliés à lui. Les révélations Qur’aniques que Muhammad a reçu sur les chrétiens et les juifs ont semblé correspondre au degré d'acceptation attribuées au Prophète par ces deux communautés. Au commencement, Muhammad a cherché leur acceptation, mais quand les dirigeants chrétiens et les communautés juives l’ont rejeté comme ‘faux prophète’, il a reçu des révélations qui lui ont recommandés de s’éloigner d’eux. Dans la «Constitution de Medina,» que Muhammad a négocié avec les Ansar, les Muhajjirun, et les juifs de Medina, les juifs ont été inclus dans le Umma, (la communauté), ils avaient la liberté de se réunir en association et de pratiquer leur religion en échange du payement d’une taxe annuelle.

Cet accord et les traités qui ont suivi, négociés par Muhammad avec les juifs de Tayma, et des autres villes de Hijaz, ont établi un précédent, incluant symboliquement les «Peuples des Livres» (Ahl al-Kitab) dans la Ummainfo-icon. Lorsque les armées de conquête ont rencontré les communautés juives, chrétiennes, et Zoroastriennes, le modèle du comportement conciliant de Muhammad a étendu la notion originale d’incorporer tous les destinataires de la révélation de Dieu, comme des Ahl al-Dhimma, ou Dhimmi, les peuples protégés. Il y avait moins de chrétiens que des juifs dans le Hijaz, ainsi les chrétiens sont moins décrits et moins mis en évidence dans l'histoire politique de l’établissement de la communauté musulmane.

Néanmoins, Muhammad a eu de fréquents contacts avec les chrétiens des régions méridionales de Najran et d'Éthiopie, discutant avec eux comme il l’avait fait avec les juifs sur des questions liées à la croyance et aux pratiques religieuses. Les traditions entourant l'envoi de musulmans en Éthiopie symbolisent le peu de différence entre l'Islam et le Christianisme. La présentation Qur'anique de la vie de Jésus et de la croyance chrétienne montre que Muhammad et les premiers musulmans ont compris la croyance et les pratiques des chrétiens de la Méditerranée orientale, particulièrement si on reconnait l'importance "de la petite enfance ” dans les Gospels la pensée Chrétienne d’alors. Le Qur’an, cependant, nie la déité du Christ.

La mort de Muhammad et l’expansion ultérieure de l'Islam en dehors de l'Arabie ont provoqué une coupure définitive avec les communautés arabes juives et arabes chrétiennes, de sorte que les relations postérieures se sont construites sur des interactions juives et chrétiennes avec des musulmans qui n’ont connu les actions du prophète que comme de l’histoire idéalisée. Pendant le premier siècle islamique, période d’expansion la plus rapide des structures sociales et religieuses de l’Islam, a été si fluide qu'il est difficile de faire des généralisations.


Des juifs et des chrétiens ont été théoriquement expulsés de l'Arabie, ou, au moins de Hijaz, mais des évidences ultérieures montrent que des juifs et des chrétiens sont encore restés pendant des siècles après. Encore au dix-huitième siècle, par exemple, des Bédouins juifs ont voyagé dans le Nord-Ouest de l’Arabie et des implantations d’Arabes Chrétiens ont été trouvées partout en Arabie.

Les Premiers Siècles de l'Histoire Musulmane


La période des premiers califes et l'ère qui a suivie, celle des Umayyades a été une époque où les musulmans, les juifs et les chrétiens ont négocié de nouvelles conventions de pouvoir. Des paramètres pour le statut Dhimmi, ont été développés et, des impôts individuels et fonciers ont été payés aux califes Musulmans par des représentants et non plus individuellement. Pour les Juifs, la Resh Geluta ou Exilarque, branche Rabbinique de Judaïsme, est devenue la forme dominante, évinçant généralement les autres groupes.


Et, parce que les Musulmans se sont étendus en incluant la plupart des juifs du monde dans leur État, le Judaïsme Rabbinique a pu développer ses institutions dans le contexte de la Umma Islamique. Pour le nouvel état Islamique en formation, la loyauté de l'Exilarque et, par extension, des juifs, ont rajouté de la légitimité supplémentaire aux réclamations musulmanes à régner sur les diverses populations non-musulmanes. L'interaction entre les juifs et les musulmans a eu ainsi de profonds effets, tant sur le Judaïsme que sur l'Islam.


Les chrétiens ont œuvré comme médecins, architectes, clercs et conseillers dans les cours des premiers califes. Le Grec et le Copte ont été les langues administratives durant de nombreux siècles avant que l'arabe ne soit assez établi pour devenir l’instrument général du discours public. Même les soulèvements occasionnels contre l'autorité Musulmane, comme les soulèvements Coptes du début du neuvième siècle et les révoltes juives contre les Umayyades un siècle plus tôt, ont été localisés, et basés sur des griefs spécifiques et non anti-islamiques comme tel. En fait, la révolte juive contre les Umayyades, menée, semble-il, par des visions messianiques, ont été compatissantes pour les points de vue des premiers Shia et de leurs tentative de détrôner le dernier calife Umayyade.


Les deux premiers siècles Islamiques ont été des périodes de traduction des Écritures Saintes Chrétiennes et Juives en arabe, avec un vaste corpus de commentaire et ce, particulièrement, sur les figures bibliques. Les tafsirs Qur'aniques sont devenus les dépositaires de nombreuses traditions juives et chrétiennes concernant des figures telles qu'Abraham, Moïse, Salomon, Jésus et autres. Les débuts des spéculations théologiques Islamiques ont été stimulés par la traduction des pensées helléniques depuis l'Araméen, du Copte, du Grec et du Syriaque. Un des effets de cette tendance a été de produire une tension entre ceux qui inclinaient vers un usage plus cosmopolite de l'héritage intellectuel et culturel Hellénique et ceux qui estimait que l'on devrait centrer la société Islamique uniquement sur le Qur'an et les traditions venant de Muhammad, augurant les débats sur l’inclusion ou l'exclusion des idées extérieures.


L’équilibre résultant entre l’étude religieuse et scientifique a tellement fait partie des sociétés Islamiques que, même dans les périodes de fragmentation politique, les juifs et les chrétiens ont contribuées en même tant que les musulmans, à la vie intellectuelle et culturelle des communautés Islamiques.


La Période Médiévale



Dans les terres islamiques occidentales de la péninsule Ibérique et de l'Afrique du Nord, les juifs, les chrétiens, et les musulmans se sont combinés en une société qui a souvent été décrite par les historiens postérieurs par l'adjectif «dorée.» Les domaines de la poésie, de la musique, de l'art, de l'architecture, de la théologie, de l'exégèse, du juridique, de la philosophie, de la médecine, de la pharmacologie, et du mysticisme ont été mis en commun entre tous habitants des cours et des villes des états Islamiques, alors même que les armées musulmanes étaient enfermées dans une lutte perdue contre les armées chrétiennes de la Reconquista. Des sociétés symbiotiques semblables pourraient être trouvées dans toute la Méditerranée orientale.


Les universités d’al-Azhar au Caire et à Cordoue en Espagne, on été fondées toutes les deux au dixième siècle, suivant ainsi le modèle plus ancien des Bayt al-Hikma à Bagdad, des lieux d’études partagés entre des érudits des trois traditions. Le concept de ce type d’institutions, ainsi que les enseignements qu’ils ont produit ont, les deux à la fois, profondément influencés les institutions européennes d’enseignement supérieurs. et l’avancement scientifique européen. Dans les cercles intellectuels du monde Islamique, les juifs ont contribué et ont participé à cette civilisation par des contacts avec des philosophes et des théologiens musulmans, tout comme les musulmans l’avaient fait plus tôt avec les chrétiens. Dans les secteurs du commerce, le commerce mondial a été dominé par des associations de négociants composées de musulmans, de juifs et de chrétiens des pays Islamiques.


La double attaque du monde Islamique au Moyen Age, par des Crusaders venant de l’Ouest et des Mongols venant de l’Est, ont transformés l’attitude des musulmans envers les Dhimmi, mais aussi les relations des juifs et des chrétiens des pays Islamiques envers le régime musulman. Beaucoup de terres islamiques se sont développées en consonance avec une tendance déjà existante d'organiser la société le long des lignes militaires. Ceci devenait particulièrement vrai dans les régions où les peuples Turcs assumaient les rôles gouvernementaux et militaires. Converti par des marchands Sunnites et organisés comme des fraternités militaires imprégnées de l'esprit militaire de jihad, les Turcs devenaient les défenseurs des terres Islamiques. Dans leur conception de la société, l’influence des groupes chrétiens, juifs, et musulmans non-Sunnites avait été circonscrit et rendu plus rigide, mais n’avait pas été éliminé.


Les savants religieux musulmans ont utilisé des descriptions de juifs et de chrétiens trouvés dans les textes de base comme des modèles d'avertissement pour les musulmans, mais les vraies communautés juives et chrétiennes ont été traitées dans le respect strict des précédents légaux . Les Dhimmi ont dû porter des habits distinctifs et des insignes pour indiquer leur position dans la société, tout comme les musulmans, comme élément d'un «uniforme» général indiquant le rang et le statut


Certains métiers sont devenus communs aux juifs et aux chrétiens, tels que le tannage, qui était considéré comme donnant une impureté rituelle aux musulmans, et il est devenu moins habituel à cette période de retrouver des juifs et des chrétiens dans les rangs les plus élevés des conseillers du règne. Les juifs et les chrétiens ont vécu habituellement dans des quartiers séparés dans les villes. et, comme ils étaient inférieurs aux musulmans en public et ils ne pouvaient ni monter à cheval, ni bloquer la voie publique avec des cortèges religieux, ils ont donc vécu de façon autonome concernant leurs affaires communales.


Cette autonomie, quoique protectrice envers les individus, s’est avérée avoir des conséquences à long terme. Quelques communautés chrétiennes, prises au milieu du conflit pendant les Croisades, ont activement exprimé leur fidélité à Rome et à Constantinople et ont regardés les Croisés comme des protecteurs de leurs intérêts. Cette association a engagé un processus de séparation de certaines de ces communautés de la matrice des états musulmans, considérés comme des étrangers et par les musulmans et par leurs propres congénères.


Quand des juifs et les musulmans ont été expulsés de l'Espagne en1492 CE, la majorité des juifs a choisi de se rendre dans des pays Islamiques, plus particulièrement dans les territoires de l'empire Ottomansinfo-icon. Les juifs ibériques ont été si nombreux, bien instruits, et prospères, que la culture juive ibérique a souvent supplantée celle des communautés juives plus anciennes, de sorte que Séfarade est devenu le terme général pour les juifs vivants dans des terres Islamiques.


L’apport de ces habiletés commerçantes et manufacturières, ainsi que celle du capital de ces immigrés à l'empire Ottoman, a fourni une grande partie de la richesse pour l'expansion Ottomane. Sous les Ottomans, les communautés juives et chrétiennes ont bénéficié d’un plus grand degré d'autonomie. Par le système de millet, chaque communauté était différente et directement responsable envers le Sultan. La plus célèbre des intrusions dans la vie communale s'est produite par l'établissement de l’institution Ottomane du corps des Janissaires.


Les jeunes mâles chrétiens ont été enrôlés par les militaires Ottomans, formés comme soldats, convertis à l’Islam, et placés dans des positions élevées dans l'administration Ottomane. Le processus a parfois suscité du ressentiment parmi les chrétiens, mais quelques familles ont activement cherché à avoir un membre choisi, en raison des possibilités de faveurs et de traitement préférentiel quand plus tard le candidat assumerait des fonctions officielles.


La Période Moderne



L’invasion de l’Égypte, par Napoléon en 1798, est généralement regardée comme le début de la période moderne de l'histoire du Moyen-Orient Islamique et du début du colonialisme Occidental, qui devait englober la plupart des pays Islamiques d’Asie et d'Afrique. En réalité, il a signifié le déclin des États Musulmans, versus l’élévation économique et technologique de l'Europe Occidentale. Au cours du dix-huitième siècle, la plupart des musulmans se sont retrouvés vivant ou dépendant d'un des trois grands empires musulmans : l'Ottoman, le Moghol, ou l'Empire Safavide.


Chacun des trois empires étaient agraires et reposaient sur le travail des paysans pour la richesse, la force militaire et sur leurs produits pour le commerce mondial. Alors que l'Europe occidentale a subi la transformation technologique, nommée habituellement Révolution Industrielle, avec la montée simultanée du capitalisme, elle a subi, également, une révolution sociale et religieuse, plaçant une grande valeur sur l'individu et accentuant l'effort et l'initiative individuelle.


Cette réorganisation a produit des sociétés généralement libérés des contraintes de la famille et du clan sur l'attribution du travail, des récompenses, et des relations avec les pouvoirs dirigeants .Ainsi les sociétés sont devenues plus efficaces dans la fabrication et la commercialisation des marchandises sur le marché mondial. Dans cette compétition mondiale, les principales régions du monde Islamique sont devenues des fournisseurs de matières premières brutes ou seulement de produits partiellement manufacturés pour l'Ouest industrialisé.


Quand l'Ouest a revendu les produits manufacturés, supplantant souvent des marchandises locales supérieures sur le marché, ils ont également exposé les clients musulmans aux idéaux de la société réorganisée, et industrialisée : les droits de l'homme individualisés, la démocratie, le sécularisme et la loi séculaire, l’éducation universelle, la science, le nationalisme, et la subordination de la religion à l'idéologie plus grande de l’état-nation.


Le succès militaire et économique de l’Occident a attiré de nombreux membres des états islamiques, qui ont cherché à adopter les manières occidentales comme un moyen de récolter une partie de ce succès. Dans l'Empire Ottoman, les Anglais et les Français ont trouvé des juifs et des chrétiens disposés à être des agents pour leurs activités commerciales, et les Ottomans en retour, ont été heureux d'utiliser les Dhimmis dans le même but. Beaucoup de juifs et de chrétiens ont cherché à se garantir les avantages des sociétés Occidentales, pour eux et pour leurs progénitures, en demandant et en obtenant la protection Occidentale, des passeports ,et dans quelques cas la citoyenneté. Les Dhimmis sont souvent tombé sous la protection des pouvoirs étrangers.


L'identification croissante des juifs et des chrétiens avec les puissances non-musulmanes a seulement servi à isoler ces non-musulmans du reste de la société Islamique. Même dans les endroits où il n'y avait pas une population juive ou chrétienne indigène à exploiter pour des gains économiques, les puissances d'Europe occidentale sont arrivées en colonialistes avec des institutions, des espérances, et des idéologies soi-disant chrétiennes. Les Anglais ont pu séparer l'Égypte de l'empire Ottoman et établir un protectorat en 1882, comme ils ont pu soumettre l'Inde directement sous le pouvoir britannique en 1857. Les Français ont colonisé l'Algérie en 1830 et la Tunisie en 1881.Les Hollandais ont été en compétition avec les Anglais pour le Sud-est asiatique, de sorte que, vers la fin du dix-neuvième siècle, la plupart des musulmans ont été sous l’influence politique et légale Occidentale.


Les systèmes légaux séculaires conçus dans l'Ouest ont supplanté, à la fois, les lois coutumières et religieuses chrétiennes et musulmanes, contestant sérieusement ou éliminant la catégorie des Dhimmis dans tous ces pays. Le résultat a souvent été une séparation complète des juifs et des chrétiens comme groupes en relation dans la loi avec des musulmans.


La dissolution de l'empire Ottoman, à la fin de la Première Guerre Mondiale, a eu pour résultat la création d'un certain nombre de petits États-nations, et pour conséquence une séparation plus subséquente des musulmans et non-musulmans. L'idéologie nationaliste a réduit la religion au statut d’un composant de l’idéologie de petits États-nations. L'éducation est devenue occidentale, technologique, et séculaire, réduisant encore plus la religion à un statut périphérique. A la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, la plupart des pays islamiques s’étaient préparés à renverser le colonialisme et à établir des États-nations. Quand cela est arrivé, après la Deuxième Guerre Mondiale, les constitutions ont été modelées d’après des pays tels que la Suisse, les États-Unis, et la France, garantissant habituellement la liberté religieuse mais ne procurant aucune garantie particulière pour l’expression religieuse.


D'autres groupes religieux et ethniques, également, ont engendré des nation-états. Des états chrétiens nominaux ont été formés aux Balkans, et l'état de l'Israël a été formé, dans le territoire autrefois sous mandat britannique, de la Palestine. La création de l'état d'Israël en 1948 est devenue un point focal central pour les relations musulmanes-juives, déjà solidement détériorées depuis la fin de la Première Guerre Mondiale. La détérioration des relations entre les juifs et les musulmans se sont aggravés à cause du conflit Palestinien, et dans les états arabes, les juifs ont été perçus comme des étrangers ou des instruments de conception coloniale occidentale. Près de vingt ans après la formation de l'état d'Israël, la majorité des juifs vivants dans des terres arabes ont émigré en Israël, cristallisant ainsi le conflit Palestinien en un conflit juif-musulman.


Les dirigeants des pays essentiellement musulmans n'ont plus eu de population spécifiquement juive. Les juifs sont devenus un autre, abstrait et hostile, et le Judaïsme, de plus en plus identifié avec le Sionisme autant par les Juifs que par les non-juifs, a été revalorisé comme l'opposition omniprésente aux musulmans dans l'histoire Islamique. Cette dernière notion, bien qu’ayant ses racines dans des textes de base de l'Islam, a pris maintenant une voie totalement différente du passé et les relations juives-musulmanes ont pris une nouvelle direction.


Le trait commun, parmi les nombreux intellectuels islamiques concernés par le rôle et la direction des musulmans dans le monde postcolonial, est le rôle des juifs dans l’histoire Islamique. Comme mentionné ci-dessus, les circonstances historiques de la forte présence juive dans le Hijaz durant l’époque de Muhammad et l'opposition de la plupart des tribus juives à la mission de Muhammad ont introduit de nombreux récits apparemment anti-juifs dans la première littérature.


Pour quelques-uns, dans une recherche utilisant le passé historique Islamique pour expliquer le présent, les récits négatifs du Judaïsme et du Christianisme sont devenus primordiaux afin de relier le passé avec les conflits israélo-arabes et Est-Ouest actuels; par exemple, la description biblique des Juifs se rebellant contre les commandements de Dieu. L'opposition des juifs de Médine contre le nouvel état musulman et les actions israéliennes contre les Palestiniens ont été interprétées, ensemble, comme un caractère juif éternel, une vue informée parfois par la littérature antisémitique Occidentale. L’article de l’intellectuel égyptien, Sayyidinfo-icon Qutbinfo-icon "Notre Lutte avec les Juifs," en est un exemple, tout comme le sont les vues exprimées par les leaders de la American Nation of Islam.


D'autres intellectuels musulmans ont lu les mêmes textes de base avec une emphase sur les rapports spéciaux entre Dieu et les Peuples du Livre. Tout en déplorant les problèmes en Palestine, ils séparent le conflit Israélo-arabe des discussions sur les juifs et les chrétiens. Certains, à al-Azharinfo-icon en Égypte, citent le Qur'an et la sunnainfo-icon pour soutenir des accords de paix entre Israël et les Palestiniens, et Warith D. Muhammad, le fils d'Elijah Muhammad, aux États-Unis, a contré des lectures essentiellement anti-juives du passé , par des messages basé sur le Qur’an, de coopération mutuelle entre les musulmans, les juifs, et les chrétiens.


Le Futur



Alors que l'Islam s’étend dans de nouveaux endroits dans le monde, de plus en plus de musulmans vivent en minorités dans des terres non musulmanes. Ceci aussi s’avère être un défi intellectuel. Quelques états et organisations musulmans ont essayé de rétablir une notion de Dhimmi à l'envers, cherchant à être les protecteurs des droits musulmans dans des pays non musulmans, comme par exemple, la Muslim World League (la Ligue Musulmane du Monde) et l’Islamic Call Society. Ces idées sont liées à la notion de da‘wa, ou invitation à l'Islam aux non-musulmans. La situation des communautés musulmanes, minoritaires en Afrique, en Amérique du Nord, et en Asie, où beaucoup pratiquent l'Islam de manières différentes à celles des pays à majorité musulmane où l'Islam et les cultures indigènes sont entremêlés, encourage une forme d’œcuménisme inter-musulman parallèle, qui pousse ces musulmans à participer à des dialogues essentiellement œcuméniques avec des juifs et des chrétiens, avec pour objectif de se comprendre sans chercher à se convertir.


Le discours sur les relations musulmanes, juives et chrétiennes a été dominé, durant la première moitié du siècle par des problèmes de formation de nouvelles identités de groupe, après la dissolution du colonialisme. Les communautés musulmanes, juives, et chrétiennes ont toutes souffert des conflits dressant les groupes les uns contre les autres. Comme durant n'importe quel conflit, cette période a produit des polémiques considérables. Elle a également générée des appels positifs pour un respect mutuel et la coopération.


Le World Council of Churches (Conseil Mondial des Eglises) a sollicité un dialogue positif avec l'Islam comme élément de son mouvement d'extension envers les gens de toutes les religions, et au Conseil de Vatican II, l'Église Catholique Romaine a invité ses membres à considérer les musulmans. Dans des synagogues en Amérique, de plus en plus de voix s’élèvent pour favoriser un dialogue entre les juifs et les musulmans. Quand des traités de paix sont négociés et les conflits réduits à de la non-belligérance, les membres de chacune de ces trois religions se trouvent en position de construire sur la base de traditions appartenant à l'héritage commun et à l'expérience commune.

 

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