Qu’est-ce que l’Islam Shia?

Cet article a été publié dans Voices of Islam, Volume 1: Voices of Tradition, ed. Vincent J.Cornell (Londres, 2007), pp. 217-244.

La formation historique de la communauté musulmane ou Umma, telle qu’appelée en arabe, a entraîné une grande diversité dans le monde entier, reflétant un riche pluralisme intellectuel, spirituel et institutionnel. En cherchant à exprimer une réponse au message primaire de l'Islam, les musulmans ont mis au point différentes perspectives qui ont mené les divers groupes à se rallier autour de différentes interprétations du message de base du Qur’an et de l’exemple du Prophète Muhammad.


L’une de ces perspectives est celle de l'Islam Shi‘a. Plutôt que de percevoir de façon limitée ces expressions de l’Islam comme sectaires, il est plus approprié de les reconnaître comme représentant différentes communautés d'interprétation, avec des points de vue variés sur la façon dont les idéaux de l'Islam pourraient être réalisés dans la vie de la Ummainfo-icon. Malheureusement, beaucoup des premières études sur le Shiisme ont présenté cette perspective comme une voix dissidente, comme de l'hétérodoxie et dans certains cas elle a même été caractérisée comme une réponse « Perse » à l'Islam « Arabe ». Des études récentes ont permis une vue plus équilibrée du Shiisme. Il est désormais possible d’aller au-delà des stéréotypes et de rejeter l'opinion selon laquelle il n’existe qu’un Islam « orthodoxe » ou « authentique », dont le Shiisme ne serait qu’une branche.

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Mots clés:

Umma, Qur’an, Muhammad, pluralisme, Shi‘a, Sunni, Ismailis, Shahada, Ahl al-Sunnainfo-icon wa al-Jama‘a, Ahl al-Bayt, thaqalayn, Imamate, Kufa, Karbala, taqiyya, fiqh, Ja‘far al-Sadiq, Abbasids, da‘i, nass, ‘ilm, wasi, Ithna‘ashariyya, al-Qa’iminfo-icon, ijtihad, usul al-fiqhinfo-icon, ulama, Nahj al-­Balagha, mujtahid, Imamzadeh, Mashhad, ta‘ziyeh, Husayniyya, al-Mahdiinfo-icon, Fatimides, Al-Azhar, Dar al-‘Ilm, tawhid, Nasir-i Khusraw, ta‘lim, Alamut, Aga Khan, Khoja, Ginan, bay‘a, Shari‘a, Jamatkhana, Da‘i Mutlaq, Bohra, ma‘sum, Mu‘tazili, Daylami, Qasimiyya, Nasiriyya

Table des matières:



Les Shi’a, comme d'autres groupes musulmans, reflètent leur propre diversité mais partagent une approche commune sur les principes fondamentaux de la foi islamique. Tout en confirmant, en commun avec leurs coreligionnaires musulmans la Shahada, c'est-à-dire, la croyance en l'unité de Dieu et dans un modèle d’orientation divine par le biais du messager de Dieu, le Prophète Muhammad, les Shi’a pensent que pour l'orientation spirituelle et morale de la communauté, Dieu a chargé le Prophète de désigner une figure d'autorité pour lui succéder en tant que guide des musulmans. Cette autorité est celle de l’Imaminfo-icon Ali, cousin mais aussi gendre du Prophète. Selon les Shi’a, la conception de la gouvernance de la communauté s’est faite publiquement par le Prophète, durant la dernière année de sa vie dans une oasis nommé Ghadir Khumminfo-icon, où le Prophète a désigné l’Imam Ali comme son successeur et guide spirituel des Musulmans. Bien que les interprétations Shi’a et Sunni se réfèrent toutes les deux à cet événement, c’est l’interprétation spécifique du rôle de l’Imam Ali, tel qu’authentique leader ou «guide spirituel» qui distingue la communauté Shi’a de celle des autres communautés Musulmanes. Le mot Shi’a signifie « partisan » ou « adhérents ». Plus précisément, il se réfère aux musulmans qui sont devenus les adeptes de l’Imam Ali, avec la conviction que lui et ses descendants étaient les autorités légitimes de la communauté musulmane. Pour les Shi’a, cette conviction est implicitement contenue dans la révélation du Qur’aninfo-icon et dans celle de l'histoire de l'Islam, et elle n’est pas simplement le résultat d’une différence de nature purement politique, survenue après la mort du Prophète Muhammad. Afin de comprendre comment une telle interprétation a développé et créé l’identité distincte des Shi’a dans l'histoire musulmane, il est important de voir comment les Shi’a ont bâti le concept d'une orientation spirituelle à suivre dans leur interprétation du Qur’an et, à partir de la vie du Prophète. Un des aspects de la révélation Qur’anique, que soulignent les savants de la tradition Shi‘ainfo-icon, est la notion d'autorité liée aux familles des figures prophétiques. Cette notion est évoquée dans les versets Quraniques suivants :

Oui, Dieu a choisi, de préférence aux mondes : Adam, Noé, la famille d’Abraham, la famille d’Imran, en tant que descendants les uns des autres... (Qur’an 3:33-34)


Nous avons préféré chacun d’entre eux aux mondes ainsi que plusieurs de leurs ancêtres, de leurs descendants et de leurs frères .Nous les avons choisis et nous les avons guidés sur une voie droite … Voila ceux auxquels nous avons donné le Livre, la Sagesse et la prophétie. (Qur’an 6:84-89)


Au cours de sa vie, le Prophète Mohammed a été le bénéficiaire et le messager de la révélation divine. Sa mort en 632 CE a marqué la fin de la lignée des prophéties et le début du débat sur la nature de son héritage pour les générations futures. Ce débat a pris naissance en raison de l'absence de consensus concernant la succession du Prophète auprès de la communauté musulmane naissante. Dès le début, il y a eu une nette différence d’opinion à ce sujet entre les Shi‘at ‘Ali, le parti de l'Imam Ali, qui croyait que le Prophète avait désigné ‘Ali b. Abi Talib (d. 661 CE) comme son successeur et ceux qui suivaient la gouvernance des Califes. Ce dernier groupe a finalement fusionné avec la branche majoritaire Sunnite de l'Islam, connue collectivement comme le « Peuple de la Communauté et de la Sunna, » Ahl al-Sunna wa al-Jamaâ .


Les Shi’a de l'Imam Ali ont maintenu que, bien que les révélations aient cessé à la mort du Prophète, il y avait nécessité d’une orientation spirituelle et morale de la communauté qui continuerait à évoluer, grâce à une interprétation actualisée. Ils croyaient que l'héritage du Prophète Muhammad avait été confié à sa famille, les Ahl al-Bayt (littéralement, ‘les Gens de la Maison) dans lesquelles le Prophète avait investi l’autorité Le premier membre de la famille du Prophète désigné en tant que guide spirituel a été l’Imam 'Ali, le cousin du Prophète et le mari de Fatima, sa fille et son seul enfant survivant. Selon la plupart des traditions, l’Imam ' Ali a été le premier homme à soutenir le message de l'Islam et avait gagné l'admiration du Prophète en promouvant la cause de l'Islam, même au péril de sa vie.


L’acceptation des Shi’a, de la légitimité de l'Imam ' Ali et de ses descendants, par le biais de Fatimainfo-icon, au leadership de la communauté musulmane s'enracine dans leur compréhension du Saint Qur’an et dans leur concept de guidance juste, et renforcée à juste titre par la tradition prophétique (Hadith). Pour les Shi’a la plus importante de ces traditions a été le sermon du Prophète à Ghadir Khumm, suite à son pèlerinage d’adieu à la Mecque, dans lequel il a désigné l’Imam ' Ali en tant que son successeur. Au cours de ce sermon, le Prophète a déclaré qu'il laissait derrière « deux choses importantes » (thaqalayn) - le Saint Qur’an et sa famille - pour l'orientation future de sa communauté.


L'importance portée aux Ahl al-Baytinfo-icon par les Shi’a est également démontrée dans un événement lié à la révélation d'un verset Qur’anique bien connu : “Ô vous, les Gens de la Maison! –Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement ” (Qur’an 33:33).


Conformément à la tradition historique, ce verset concerne un événement survenu dans la vie du Prophète lorsque les guides chrétiens de la ville de Najran en Arabie ont défié le Prophète sur la véracité de sa mission. Les deux parties convinrent d'une mutuelle invocation, mais les chrétiens refusèrent finalement. Ceux appelés Ahl al-Bayt dans ce passage Qur’anique étaient le Prophète Muhammad, l’Imam ' Ali, Fatima et leur deux fils, Hasan et Husayn. Les Shi’a se réfèrent également au verset Quraniques suivants: “Dis: Je ne veux aucun salaire pour cela si ce n’est votre affection envers nos proches ” (Qur’an 42:23). Les Shi’a pensent que ce verset fait également référence aux Ahl al-Bayt. Bien que ces interprétations soient spécifiques à la communauté Shiiteinfo-icon, tous les musulmans tiennent la famille du Prophète en grande vénération et suivent l'avertissement suivant du Qur’an : “Sûrement Dieu et ses anges ont béni le Prophète. O vous, qui croyez, bénissez le et saluez le avec paix” (Qur’an 33:50).


Les Shi’a attestent qu’après le Prophète Muhammad, la guidance de la communauté musulmane était dû à l’Imam ' Ali. Tout comme la prérogative du Prophète a été de désigner son successeur, il appartient à chaque Imam du temps de désigner son successeur parmi ses descendants mâles. Par conséquent, l’office de l’Imam, l’Imamate, est transmis héréditairement, dans la lignée de sang du Prophète via l’Imam ' Ali et Fatima.


L’Histoire du début du Shi‘isme


Les premiers partisans de l'Imam ' Ali ont inclus des personnes dénommées Lecteurs du Qur’an, les plusieurs proches Compagnons du Prophète, des éminents résidents de la ville de Médine, des chefs de tribu distingués, ainsi que d'autres musulmans ayant rendu d’importants services au début de l’Islam. Leur premier enseignant et guide a été tout d’abord l’Imam ' Ali ibn Abi Talib, qui, dans ses sermons, ses lettres, ainsi que dans ses admonestations aux dirigeants de la tribu de Quraych, a rappelé aux musulmans les droits de sa famille.


Les sentiments des partisans d’Ali persistèrent durant toute la vie de l’Imam Ali. Ils ont été ravivés pendant le Califat d’Uthman (r. CE 644-656), qui fut une période de troubles dans la communauté musulmane. L’Imam Ali succéda au Califat dans des circonstances troubles suite au meurtre d’Uthman, conduisant à la première guerre civile dans l'Islam. Regroupés à Kufa, dans le sud de l'Irak, les partisans de l'Imam Ali se nommèrent Shi’a Ali, le parti d’ « Ali », ou plus simplement les Shi’a. Ils se sont également appelés par des termes contenant des connotations religieuses plus précises, telles que les Shi'at Ahl al-Bayt (Parti de la maison du Prophète) ou son équivalent, Shi'at Al Muhammad (Parti de la famille de Muhammad). L’Umeyyade, Mu'awiya ibn Abi Sufyan (d. 680 CE), puissant gouverneur de Syrie, cousin d’« Uthman» et chef du parti pro-Uthman, a trouvé dans l'appel à la vengeance au meurtre d’Uthman, un prétexte convenable pour s’emparer du Califat.


Les premiers Shi’a survécurent au meurtre de l'Imam Ali en 661 avant JC et aux événements tragiques qui suivirent. Après l'Imam ' Ali, les Shi’a de Kufa reconnurent son fils aîné Hasan (d. 669.CE) comme son successeur à la tête du Califat. Cependant, Hasan choisit de ne pas assumer ce rôle et Mu'awiya assuma le Califat. Après avoir passé un traité de paix avec Mu'awiya, Hasan se retira à Medina et s’abstint d’intervenir dans la vie politique. Cependant, les Shi’a continuèrent à le considérer comme leur Imam après l’Imam ' Ali. Au décès d’Hasan, les Shi’a de Kufan firent revivre leurs aspirations visant à restaurer le Califat à la famille du Prophète et invitèrent le frère cadet d’Hasan, Husayn, leur nouvel Imam, à s'élever contre le régime oppressif des Umayyades. Au lendemain de la mort de Mu'awiya et de la succession de son fils Yazid (r. 680-683 CE), l’Imam Husayn refusa de reconnaître Yazid. En réponse à l'appel d'un grand nombre de ses disciples et partisans, il partit pour Kufa. Le 10 Muharraminfo-icon 61 (10 octobre 680), l’Imam Hussein et son petit groupe de parents et de compagnons furent sauvagement massacrés à Karbala, à quelques lieux de Kufa, où ils furent interceptés par une armée d’Umayyades. Le martyre de petit-fils du Prophète insuffla une nouvelle ferveur à la cause Shiite et contribua de manière significative à la consolidation de l'identité et la philosophie de Shi'i. Il conduisit également à la formation de militants activistes parmi les Shi’a. Plus tard, les Shi’a se commémoreront le martyre de l'Imam Hussein le dixième de Muharram. Cette fête, qui est plus la commémoration d’une tragédie qu’une célébration festive est connue sous le nom d’Ashurainfo-icon.


Au cours de la période du règne des Umayyades (66 l-750 CE), différents groupes de Shi’a, composés de musulmans arabes et de nouveaux musulmans non-arabes convertis, ont cherché à soutenir différents candidats à l’Imamatinfo-icon. Le leadership des musulmans Shi’a s’est ouvert au-delà de la famille immédiate du Prophète Muhammad pour s’étendre à d'autres branches de la Banu Hashim, la famille éloignée du Prophète, comprenant les descendants des oncles du Prophète, Abu Talib et ' Abbas. C'est parce que la notion de famille du Prophète était alors conçue largement, dans son ancien sens tribal arabe. Comme le monde musulman a continué de s'étendre géographiquement et que de plus de gens dans les territoires conquis sont devenus partie intégrante de la Ummainfo-icon croissante, les divers groupes musulmans, y compris les Shi’a, attirèrent de nouveaux adhérents.


Un grand groupe de Shi’a connus sous le nom d’Imamiyya (Imamisinfo-icon), adoptèrent une politique discrète dans le domaine politique tout en se concentrant sur la promotion intellectuelle et sur le développement de l’Islam. Leurs Imams transmirent leur autorité à travers le seul fils survivant de l’Imam Husayn, l’Imam ‘Ali Zayn al-‘Abidin (‘Ornement des fidèles’, d. 712 CE), tenu en haute estime dans les cercles pieux de Médine. C’est après le règne de l’Imam ‘Ali Zayn al-‘Abidin que les Shi’a Imami commencèrent à prendre de l’importance sous l’influence de son fils et successeur, l’Imam Muhammad al-Baqir (d.731 CE). Un petit groupe choisit de suivre Zayd, un autre fils de l’Imam Zayn al-‘Abidin, et s’organisèrent afin de s’opposer activement aux règles imposées par les Umeyyades. Ce groupe et ses partisans furent connus, ultérieurement, sous le nom de Zaydiyya (Zaydisinfo-icon).


L’Imam al-Baqir se concentra sur sa tâche en devenant un enseignant actif durant son Imamat de près de 20 ans. Il introduisit également le principe de la taqiyya, précaution consistant à dissimuler sa vraie pratique et croyance religieuse, afin de protéger les Imams et leurs partisans lors de circonstances défavorables. Son Imamat coïncida avec la croissance et le développement de la jurisprudence islamique (fiqh). Durant cette période formatrice de l'Islam, le rôle de l’Imam al-Baqir a consisté principalement à reporter les Hadithinfo-icon et à être un professeur de Droit. À sa mort, ses disciples reconnurent son fils aîné Abu ' Abdallah Ja‘far (d.765 CE), appelé plus tard Imam al-Sadiq (le Fiable), comme leur nouvel Imam.


En plus des Zaydis, d’autres partisans de l’interprétation Shiite -notamment les Abbassides, descendants de l’oncle du Prophète ' Abbas – défièrent directement le règne des Umayyades. Les Abbassides accordèrent une attention particulière au développement de l'organisation politique de leur propre mouvement, établissant des sièges secrets dans Kufa mais concentrant aussi leurs activités dans l'est de l'Iran et en Asie centrale. La mission Abbassides (da‘wa) fut prêchée sous le nom d'une personne non identifiée appartenant à la famille du Prophète. Cette idéologie visait à maximiser l'appui des Shi’a aux différents groupes ayant reconnu et soutenu l’autorité des Ahl al-Bayt. En 749 CE, les Abbasides remportèrent la victoire face aux Umayyades. Ils proclamèrent Abul-‘Abbas al-Saffah (r. 749-754 CE) comme le premier Calife Abbasside dans la mosquée de Kufa. La victoire des Abbassides s'avéra être une source de déception pour les Shi’a qui s'attendaient à voir 'un descendant de l'Imam ' Ali, plutôt qu'un Abbasside, succéder au Califat. L'animosité entre les Abbassides et les partisans d’Ali augmenta lorsque, peu après leur accession au Califat, les Abbassides commencèrent à persécuter beaucoup de leurs anciens partisans Shi’a et partisans d’Ali et promurent par la suite une interprétation Sunnite de l'Islam. La rupture des Abbassides avec leurs racines Shi’a fut finalement complète lorsque le troisième Calife de la dynastie, Muhammad al-Mahdi (r.775 - 785 CE), déclara que le Prophète avait effectivement nommé son oncle ' Abbas, plutôt que l'Imam ' Ali, comme son successeur.


Pendant ce temps, l'Imam Ja‘far al-Sadiq avait acquis une grande réputation d’enseignant et de chercheur. Il rapportait les Hadith, et était cité comme tel dans la chaîne des autorités (isnad), accepté par toutes les écoles musulmanes de droit. Il enseigna également la Jurisprudence Islamique. Il fut réputé pour avoir créé, avec son père, l'école de droit religieux Shi’a Imami. Cette école de droit s'appelle maintenant Ja'fari en hommage à l’Imam Ja'far al-Sadiq. L’Imam al-Sadiq fut accepté comme une autorité dirigeante non seulement par ses propres partisans Shi’a, mais aussi par un cercle plus large comprenant de nombreux musulmans Sunnites. Dans le temps, l'Imam al-Sadiq acquis un groupe remarquable de chercheurs autour de lui, comprenant certains des plus éminents juristes, de conservateurs et de théologiens de l'époque tels que Hisham ibn al-Hakam (d. 795 CE), alors le premier représentant des chercheurs de la théologie Imami (kalaminfo-icon). Au cours du Imamat de l’Imam Ja'far, les Shi’a parvinrent à développer des positions distinctes sur des questions théologiques et juridiques et contribuèrent aux débats et discussions plus vastes au sein des cercles intellectuels musulmans.


À la suite des activités de l'Imam al-Sadiq et de ses proches, et en s'appuyant sur les enseignements de l'Imam al-Baqir, la doctrine de l'Imamat traça son contour principal, consolidant des principes qui remontaient aux enseignements des premiers Imams et au Prophète Muhammad.


Le premier principe fut celui du nass, le transfert de l’Imamat par désignation explicite. Sur la base du nassinfo-icon, l’Imamat pouvait se situer dans une personne particulière, peu importe que le destinataire réclame le Califat ou exerce l'autorité politique. Ce principe établissait une séparation des pouvoirs dans le Shiisme, détachant la nécessité d'une autorité politique liée à celle de l'institution de l'Imamat, en fonction des circonstances historiques. Le second principe a été celui d'un Imamat basé sur l ‘ilm, c'est-à-dire sur des connaissances religieuses particulières. À la lumière de cette connaissance, divinement inspirée et transmise par l'intermédiaire du nass de l'Imam précédent, l'Imam légitime du temps devient la source de connaissance et de l’enseignement spirituel pour ses disciples.


Enracinée dans les enseignements des Imams, la doctrine de l'Imamat met l'accent sur la complémentarité entre la révélation et la réflexion intellectuelle. Elle reconnaît que le Saint Qur’an traite à différents niveaux de sens : le sens apparent du texte, les paramètres juridiques qui guident l'action de l'homme et la vision éthique qu'Allah a l'intention de réaliser pour les êtres humains vivant dans une société régie par la morale. Selon les Shi’a, le Qur’an offre ainsi aux croyants la possibilité de dériver vers de nouvelles connaissances pour répondre aux besoins de l'époque dans laquelle les musulmans vivent.


La doctrine Shi’a de l’Imamat, exprimée dans plusieurs hadiths rapportés principalement par l'Imam Ja'far al-Sadiq, est conservée dans la plus ancienne collection traditionnelle Shiite, compilée par Abu Ja Muhammad al-Kulayni (d. 940 CE). Cette doctrine est fondée sur la croyance en la nécessité permanente d'un Imam divinement guidé qui, après le Prophète Muhammad, agira comme un enseignant magistral et un guide spirituel pour l'humanité. Alors que l'Imam historiquement posséde la gouvernance temporelle et l’autorité religieuse, son mandat est indépendant du pouvoir temporel. Cette doctrine a également confirmé la croyance selon laquelle le Prophète avait désigné l’Imam ' Ali comme son légataire (wasi) et successeur, par un nass explicite sous commandement divin. Après l'Imam ' Ali, l’Imamat a été transmis de père en fils par nass, parmi les descendants de l'Imam ' Ali et de Fatima; après l'Imam Hussein, il continuerait suivant la lignée de ses descendants jusqu'à la fin des temps.


L’Imam Ja‘far al-Sadiq décéda en 765 CE. Il en a suivi un conflit concernant le choix du prochain Imam. Ce différend concernant la succession de l'Imam al-Sadiq a donné lieu à nouvelles divisions au sein des Shi’a et a conduit à la formation des deux principales communautés Shi'a, les Ithna‘ashariyya ou 'Duodécimains' (aussi appelés Imamis) et les Ismailiyya, Ismailis, les Ismailis. Les Ismailis, qui ont suivi l'Imam Muhammad ibn Isma'il, petit-fils de l’Imam Ja'far al-Sadiq, sont la deuxième plus grande communauté shiite après les Duodécimains. Le troisième volet des Shi’a, les Zaydis, ont eu leur propre développement historique séparé.




Après la mort de l’Imam Ja'far al-Sadiq, la majorité de ses disciples, ont reconnu l'un de ses fils survivants, Musa al-Kazim (d. 799 CE), comme son successeur à l’Imamat. Placé sous le contrôle des dirigeants Abbassides, l’Imam Musa a été restreint dans ses activités et, selon ses partisans, a été empoisonné alors qu’il était retenu en détention par les représentants du Calife Abbasside à Bagdad.


Il a été remplacé par son fils, ' Ali al-Rida (d. 818 CE), qui a fait face à des conspirations similaires. Egalement décédé dans des circonstances suspectes, il fut enterré dans un endroit connu par la suite sous le nom de Mashhad (Place du témoin), un des sites les plus sacrés en Iran. L’Imam ' Ali al-Rida a été remplacé par son très jeune fils, Muhammad al-Jawad (d. 835 CE), également connu comme al-Taqi («Celui qui craint Dieu»). Muhammad al-Jawad est décédé à Bagdad, à l'âge de 25 ans et a été enterré auprès de Musa al-Kazim. Les deux Imams Ithna'asharisuivant :' Ali al-Hadi (d. 868 CE) et Hasan al-'Askari (d. 874 CE), ont mené une vie très restreintes sous la détention Abbasside. Tous deux sont supposés être morts empoisonnés et ont été enterrés dans la ville Iraquienne de Samarra. Le dôme de leur tombe à Samarra été détruit par des insurgés anti-Shi'a en février 2006.


Les adeptes d’Hasan al-' Askari ont pensé que son successeur, Muhammad al-Mahdi, était âgé de cinq ans quand son père mourut. Il est en outre sous-entendu que peu de temps après, Muhammad al-Mahdi est entré en ghayba, littéralement traduit par état d’« absence » ou d’occultation. Finalement, le corps principal des Shi’a Imamis a soutenu que Muhammad al-Mahdi était né fils d’Hasan al-'Askari en 869 CE mais que l'enfant était resté caché, même de son père. Ils ont en outre estimé qu'al-Mahdi avait succédé à son père à l’Imamat tout en restant caché. Identifié comme le Mahdi ('Le Guidé') ou « al-Qa’im ('le restaurateur') », Muhammad al-Mahdi est selon les Imamis supposer réapparaître et gouverner le monde avec justice durant la période précédant immédiatement le jour du jugement dernier. Parce qu'il est le douzième dans la ligne Imami des Imams, ses disciples sont appelés les Ithna'asharis, les Duodécimains.


Selon la tradition Imami, l’occultation de Muhammad al-Mahdi s’est faite en deux temps. La première, «l’occultation légère » (al-ghayba al-Sughra) a perduré durant les années 874-941CE. Au cours de cette période, nous pensons que l'Imam est resté en contact régulier avec quatre agents successifs, appelés Porte (Bab), Emissaire (Safir) ou Adjoint (Na'ib), qui ont agi comme intermédiaires entre l'Imam et sa communauté. Cependant, durant la « grande occultation » (al-ghayba al-kubra), qui a commencé en 941 CE et continue à ce jour, l'Imam caché n’agit plus à travers un représentant spécifique. Les universitaires Imami Shi'a ont beaucoup écrit sur la doctrine eschatologique de l'occultation du douzième Imam et les conditions supposées qui doivent être remplies avant son retour. Ces doctrines ont été institutionnalisés à la fin de la première moitié du Xe siècle CE, après que la lignée du 12ème Imam ait été identifiée.


Durant la première période de leur histoire religieuse, les Shi'a Imamis ont bénéficié des conseils et enseignements directs de leurs Imams. Durant la seconde période de l'histoire des Imamis, après l'occultation du douzième Imam jusqu'à l'invasion mongole au XIIIe siècle CE, d’éminents savants ont émergés comme tuteurs influents et transmetteurs des enseignements des Imams, compilant les collections d’Hadith et créant l'école de droit Ja'fari.


Cette période a coïncidé avec la montée des Buyides, ou Sultans Buyides (ca. 932-1055 CE). Les Buyides étaient un clan militaire d'origine perse, qui est arrivé au pouvoir en Iran et en Irak et a agi comme suzerains des Califes Abbassides Sunnites. Les Buyides étaient à l'origine des Shi’a Zaydis de Daylam dans le nord de l'Iran, mais une fois au pouvoir ils appuyèrent le Shi’isme sans allégeance à une branche spécifique. Ils appuyèrent également l'école rationaliste de théologie islamique Mu‘tazili . C'est sous leur influence que la théologie Imami développa son inclinaison rationaliste. Les premières collections complètes des traditions Imami, ont tout d’abord été transmises à Kufa et dans les autres parties de l'Irak, et ont été compilées dans la ville iranienne de Quminfo-icon. A la fin du 9ème siècle CE, quand le développement de la tradition Imami fut bien défini, Qum avait déjà servi depuis plus d'un siècle comme centre d'apprentissage pour les Shi’a Imami. La plus ancienne et la plus autoritaire des collections de Hadith Imami, se compose de quatre recueils canoniques qui traitent de sujets basés sur la théologie et la jurisprudence.


La propagation de l’influence Shiite s’est faite plus largement en Iran et en Asie centrale après la conquête mongole survenue au XIIIe siècle CE, créant un milieu plus favorable, dans de nombreuses régions anciennement Sunnites. Une tradition Shi'a particulièrement large a fleuri en Asie centrale, en Iran et en Anatolie post-Mongole, culminant, ultérieurement, durant le Shi’isme Safavide (ca. XVe siècle CE). Le Shi’isme Safavide s’est caractérisé comme «le Shi’isme de la Tariqa », car il a été transmis principalement par le biais de tariqas Sufi ou ordonnances qui ont encouragé les doctrines Shi’a. Ces ordres sufis sont restés en apparence sunnites, suivant l’une ou l’autre des écoles sunnites du droit, tout en étant particulièrement dévoués à l'Imam ' Ali et aux Ahl al-Bayt. Parmi les ordres sufis qui ont joué un rôle de premier plan dans la diffusion de ce type de Shi’isme populaire, on doit mentionner la Nurbakshiyya et la Ni‘matu’llahiyya. Dans l'atmosphère d’éclectisme religieux qui prévalait en Asie centrale, le loyalisme envers l’Imam Ali est devenue plus répandu, et des éléments Shi'a ont commencé à être intégrés dans les pratiques plus larges des groupes Sufis. C'est dans de telles circonstances que des relations proches se sont développées entre le Shiisme Duodécimains et le Sufisme ainsi qu'entre l'ismaïlisme et le Sufisme en Iran. Le pratiquant Shiite Duodécimain le plus célèbre du XIVe siècle, ayant développé son propre rapport entre le Shiisme Imami et le Sufisme, a été Sayyidinfo-icon Haydar Amuli (d. 1383 CE) influencé par les enseignements Sufis du Mystique musulman espagnol, Ibn al-'Arabi (d. 1240 CE).


Parmi les commandements Sufis qui ont contribué à la propagation du Shiisme en Iran majoritairement Sunnite, le plus important a été le commandement Safavide, émit par Shaykh Safi al-Dininfo-icon (d. 1334 CE), un sunnite qui a pratiqué la jurisprudence Shafi‘i. Le commandement safavide s’est rapidement répandu à travers l'Azerbaïdjan, l'Anatolie orientale et d'autres régions, prenant une influence sur un certain nombre de tribus turkmènes. Sous la coupe du quatrième successeur de Shaykhinfo-icon Safi, Shaykh Junayd (d. 1460 CE), le commandement a été transformé en un mouvement militaire actif. Shaykh Junayd a été le premier chef spirituel Safavide à embrasser plus précisément les orientations Shi'a. Le fils et successeur de Junayd, Shaykh Haydar (d. 1488 CE), a été l’instigateur de l'instruction à ses disciples soldats-Sufis de l’adoption de coiffures écarlates avec 12 «gouttes de sang» commémorant les 12 Imams, ils furent ainsi reconnus comme les Qizilbash, un mot turc signifiant « tête-rouge ».


Le shiisme des Turcomans Qizilbashinfo-icon est devenue plus clairement manifeste lorsque le jeune Isma'il est devenu le leader des commandements safavide. Ismail s’est présenté lui-même à ses disciples comme le représentant du douzième Imam caché. Avec l'aide de ses troupes Qizilbash, il a rapidement conquit Azerbaïdjan et est entré dans sa capitale, Tabriz, en 1501. Il s’est ensuite proclamé Shah ou roi et a en même temps déclaré le shiisme Duodécimain comme étant la religion officielle de l'état Safavide nouvellement créé. Le Shah Isma'il a ramené tout l'Iran sous son contrôle au cours de la décennie qui a suivi. La dynastie Safavide a régné en Iran jusqu'en 1722 CE.


Afin de renforcer sa légitimité, le Shah Ismaïl et ses successeurs immédiats prétendirent représenter le Mahdi, ou l'Imam caché. Ils ont également affirmé avoir des origines Alid dans leur dynastie, retraçant leurs origines à l'Imam Musa al-Kazim. Le Shiisme est progressivement devenu la religion officielle de l'état Safavide. Sous la coupe du Shah Isma'il (r. 1501-1524 CE) et de son fils Tahmasp (r. 1524-1576 CE), les Safavides ont formulé une politique religieuse qui, en partenariat avec des spécialistes Imami, a activement propagé le shiisme Duodécimain.


Cependant, l’Iran n'ayant pas une classe établie d’érudits religieux Shi'a à cette époque, les Safavides eurent l'obligation d'inviter des chercheurs provenant de centres d’éruditions arabe Imami, notamment de Najaf, Bahreïn et Jabal Amil, afin d’instruire leurs sujets. Le premier de ces savants arabes Shi’a a été Shaykh ' Ali al-Karaki al-Amili (d. 1534 CE), également connu comme al-Muhaqqiq al-Thani ('la Seconde Autorité').


Sous l’influence d’Amili et des autres, les Safavides ont encouragé la formation d'une catégorie de juristes Imami afin d’enseigner les doctrines établies du Shiisme Duodécimain. Pendant le règne de Shah ' Abbas (r. 1629-1587 CE), des rituels Imami et des pratiques populaires ont été établis, tel que le pèlerinage (ziyara) dans le but de visiter les tombes des Imams et de leurs parents à Najaf, Karbala et autres villes sanctuaire de l'Irak, ainsi que Mashhad et Qum en Iran. La formation des chercheurs Imami a été en outre facilitée grâce à la Fondation des Collèges Religieux à Ispahan, la capitale Safavide. À la fin du XVIIe siècle CE, une classe influente d’érudits religieux Shi'a s’est développée dans l'état Safavide.


L'époque Safavide a été le témoin d’une renaissance des sciences et des érudits musulmans. Parmi les réalisations intellectuelles de l’époque, il y a eu des contributions originales d’érudits Shi'a ayant appartenu à l'école dite d'Ispahan. Ces chercheurs ont intégré les traditions philosophiques, théologiques et mystiques du Shi’isme dans une synthèse métaphysique, connue sous le nom de Sagesse Divine ou théosophie (persan, hikmatinfo-icon-i ilahi). Le fondateur de l'école théosophique Shi'ite a été Muhammad Baqir Astarabadi (d. 1630 CE), également connu sous le nom de Mir Damad, un théologien Shiite, philosophe et poète, qui a servi de chef de l’autorité religieuse (Shaykh al-Islam) d'Ispahan. Le plus important représentant de l'école d'Ispahan a été le principal étudiant de Mir Damad, Sadr al-Din Muhammad Shirazi (d. 1640 CE), mieux connu sous le nom de Mulla Sadra. Mullainfo-icon Sadra a produit sa propre synthèse de la pensée musulmane, incluant de la théologie, de la philosophie itinérante, du mysticisme philosophique et des études Sufis, particulièrement du Sufisme d'Ibn al-'Arabi. Mulla Sadra a formé des élèves éminents, tel que Mulla Muhsin Kashani (d. 1 680 CE) et ' Abd al-Razzaq Lahiji (d. 1661 CE), qui a transmis les traditions de l'école d'Ispahan des siècles plus tard en Iran et en Inde.


Les érudits Imami et en particulier les juristes, ont joué un rôle de plus en plus important dans les affaires de l'état Safavide. Cette tendance a atteint son apogée avec Muhammad Baqir Majlisi (d. 1699 CE), qui a été l’érudit chef des Shi’a Duodécimains et l’autorité de l'époque. Il est surtout connu pour avoir compilé la collection encyclopédique des Hadith Shi'a appelé Bihar al-anwar (Mer de Lumière). La plupart des érudits Duodécimains se sont divisé sur des questions théologiques et juridiques en deux camps, généralement désigné les Akhbari (l'école traditionaliste) et les Usuli (l'école rationaliste). Mulla Muhammad Amin Astarabadi (d. 1624 CE), un des plus influents érudits Akhbari, a attaqué l'idée même d'ijtihad dans la jurisprudence islamique et a désigné les chercheurs Usuli,comme des ennemis de la religion. Critiquant les innovations antérieures en usul al-fiqh, principes de jurisprudence, Astarabadi a reconnu l'akhbar, les traditions des Imams, comme la plus importante source de droit islamique et l’unique ressource valide pour une bonne compréhension du Qur’an et de la voie du Prophète Muhammad.


L'école Akhbari du Shiisme Duodécimains a prospéré pendant près de deux siècles en Iran et dans les villes sanctuaires de l'Irak. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, lorsque le Shiisme Duodécimain était déjà très répandu en Iran, la doctrine Usuli a trouvé un nouveau champion en la personne de Muhammad Baqir Bihbahani (d. 1793 CE), qui a défendu l'ijtihad des juristes et a conduit avec succès le débat intellectuel contre les Akhbaris. Par la suite, les Akhbaris ont rapidement perdu leur position pour laisser place aux Usulis, qui ont alors émergé comme érudits dominants de la jurisprudence Shiite Imami. Le rétablissement de l'école Usuli a conduit à une amélioration sans précédent de l'autorité des spécialistes juridiques, sous la dynastie Qajar régnant alors en Iran (r. 1794-1925). Cette amélioration du statut savant a placé la pratique du taqlid, l'imitation d'un éminent juriste, au centre de la jurisprudence Imami.


Pendant ce temps, le Shiisme Imami s’est aussi répandu au sud du Liban et dans certaines régions de l'Inde. Les juristes Duodécimains, qui étaient souvent d'origine perse, ont été particulièrement actifs en Inde. Les Adil-Shahis de Bijapur (r. 1490-1686 CE) ont été la première dynastie musulmane en Inde à adopter le shiisme Imami comme la doctrine religieuse de leur état. Le Sultan Quli (r. 1496-1543 CE), fondateur de la dynastie Qutbinfo-icon Shahi de Golconde, a également adopté le Shiisme Imami. En Inde, les ulama Imami ont rencontré l'hostilité des Sunnis. Nurinfo-icon Allah Shushtari, un éminent théologien-juriste Duodécimain qui a émigré de l'Iran en Inde et qui jouissait d'une certaine popularité à la Cour mongol, a été exécuté en 1610 CE suite à l'instigation de savants Sunnites. En dépit de telles persécutions, les communautés Shi’a ont survécu même durant l'empire mongol, en particulier dans la région de Hyderabad. Le Shiisme Duodécimain s’est aussi répandu dans l'Inde du Nord et a été adopté dans le Royaume d’Awadh (1722-1856) et dans sa capitale Lucknow.


Evolution de la situation durant la période moderne


La période moderne du Shiisme Imami a été marquée par deux grandes influences. La première a été l'expansion et l'impact du rôle de la conquête européenne et de la colonisation dans de nombreuses régions du monde musulman. La seconde a été l'émergence de l'État-nation moderne comme un moyen unificateur de gens ayant une allégeance commune au territoire et une identité collective. Alors que l'Iran n’a jamais été directement conquis et gouverné par les puissances européennes, bien qu'il ait été profondément touché par les revendications de domination territoriale de différents Etats européens, en particulier la Russie, la France et la Grande-Bretagne, qui ont cherché à cultiver une zone d'influence dans la région.


Un des aspects de la réponse à l'empiétement européen a impliqué la modernisation des armées, l'appropriation de la technologie, de l'industrie et l'absorption progressive de différents systèmes d'éducation et de réformes constitutionnelles. Des changements ont eu lieu inégalement dans les zones urbaines et rurales, entre divers groupes et même à l'intérieur d’États individuels. En général, les schémas traditionnels de la vie religieuse et éducative ont continué ou se sont même intensifiés en réponse à des influences exotiques perçues. Dans des endroits où la population des Shi’a Duodécimains était dominante, à savoir l'Iran et l'Irak, différents modèles de réaction face au changement sont apparus. En Iran, les érudits religieux ont joué un rôle important en aidant les dirigeants Qajar à résister aux desseins impériaux russes et ont protesté vivement contre l'octroi de concessions par l'État à des puissances étrangères. Un débat beaucoup plus important a également découlé de l'acceptation des idées constitutionnelles d'Europe et de l²eur adaptation aux règles traditionnelles de l'État musulman.

Des érudits Shi’a, et particulièrement Shaykh Muhammad Husayn Na'ini (mort en 1936), ont fortement soutenu la théorie de la compatibilité des idées constitutionnelles et des traditions Duodécimaines. En Iran, cela a conduit à une série de changements spectaculaires. Entre 1905 et 1911, s’est tenue une révolution constitutionnelle visant à reformuler les règles de gouvernance et à limiter le rôle des monarques absolus Qajar. Cependant, cette expérience politique a échoué, et après de courtes périodes de contrôle anglais, le pouvoir en Iran a été saisi en 1921 par un colonel de l'armée, Reza Khan, qui a rapidement destitué la dynastie Qajar et s’est déclaré Shah. Reza Shah Pahlavi (1925-1941) a mis en place une série de réformes de nature laïque qui ont considérablement réduit le rôle et l'influence des érudits religieux et de l'établissement Duodécimain en Iran. Son fils et successeur, Shah Mohammad Reza Pahlavi (1941-1979), a continué à appliquer les politiques générales de son père. Dans les années 1950, un fort mouvement nationaliste laïc dirigé par le Docteur Mohammed Mossadegh a acquis de la puissance. Ce mouvement a reçu l'aide de la CIA Américaine, et la position du Shah s’est encore consolidée. De nombreux grands spécialistes religieux ont dû intensifier le débat sur la question du temps dans les divers centres d'apprentissage Shi'a. Parmi eux se trouvaient Allama Muhammad Husayn Tabataba'i (mort en 1981) et Murtaza Mutahhari (mort en 1979). Un certain nombre de chefs religieux en sont venu à être considéré comme les successeurs du Grand Ayatollahinfo-icon Burujirdi (mort en 1961), et à qui le titre Marja‘-i Taqlid (Source d'Imitation) avait été donné par ses pairs.

Pendant ce temps en Irak, les dirigeants religieux Shi’a ont échoué à résister à la domination britannique durant la période suivant la première guerre mondiale, bien qu'en accord avec les spécialistes de l'Iran, ils se sont activement engagés à débattre des questions actuelles. Finalement, le Moyen-Orient a été divisé en plusieurs sphères d'influence et l’Irak a été régi par un mandat britannique, conduisant à la nomination du roi Fayçal I (1921-1933) comme souverain d'un Irak indépendant. En 1958, il y a eu un coup d'État effectué par des officiers de l'armée, entraînant l'exécution du roi Fayçal II ainsi qu’une longue période d'instabilité. Par la suite, une autre dictature militaire s’est établit en Irak, par Saddam Hussein, et pendant la longue durée de son règne toute opposition religieuse est sévèrement réprimée.


Durant les années 1960, un savant religieux iranien moindrement connu mais politiquement actif nommé l’Ayatollah Ruhollah Khomeini a œuvré en faveur de l’abolition de la monarchie en Iran. Il a été envoyé en exil en Irak, où il a continué à s’opposer au régime iranien. D’autres intellectuels, pas directement liés aux autorités religieuses, ont contesté le statu quo en Iran. Ces intellectuels laïcs ont aidé à intégrer les ressources introduites par les Shi’a Duodécimains, dans le dialogue avec les idéologies contemporaines. Le plus célèbre de ces intellectuels, ' Ali Shariati (d. 1977), a catalysé l’opposition des jeunes et des étudiants par le biais de ses écrits et de ses conférences. Des chercheurs traditionnellement formés, comme Murtaza Mutahhari, ont également ajouté leur voix à cette opposition montante. Cependant, Khomeini a concentré avec plus de succès, les forces opposées au Shah. Le commandement de Khomeini a conduit à la révolution iranienne de 1979, à l'abolition de la monarchie Pahlavi et à l'inauguration de la République islamique d'Iran. Après la révolution, une structure constitutionnelle a émergé en Iran, institutionnalisant le rôle des érudits Duodécimains en tant que représentants de l'Imam caché et comme gardiens de l'État. Une idéologie institutionnalisée, vilayat-i faqihinfo-icon (l'autorité du juriste), a été couchée dans la constitution iranienne. Cette idéologie a attribué un rôle majeur au chef religieux suprême dans les affaires de l'État, tout en instituant également un corps législatif élu, le majlis ou Parlement et un président élu. Après la mort de Khomeini en 1989, le rôle du dirigeant suprême a été assumé par l'Ayatollah ' Ali Khamenei.


En Iran, en Irak et dans quelques régions du Liban, les développements politiques récents ont continué à influencer les discussions et les débats concernant le patrimoine shiite Duodécimain. Pendant ce temps, les communautés imami Shi'a ont continué à prospérer dans de nombreuses autres régions. En plus de l'Azerbaïdjan, du Bahreïn, de l’Arabie saoudite, du Pakistan et de l'Inde, il y a des communautés Shi’a Duodécimaines dans certaines régions de l'Afrique, de l’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord.

 



Pour tous les Shi’a, la période allant jusqu'à la mort de l'Imam Ja’far al-Sadiq constitue un héritage partagé. Au cours de cette période, les Shi’a ont préservé la tradition du Prophète et des premiers Imams, introduisant le développement d'une tradition de pensée juridique et jetant les bases de ce qui représentera en temps opportun une forte tradition d'interprétation philosophique et ésotérique de l'Islam. « Je suis la ville de la connaissance ' Ali est la porte qui y mène ; Quiconque désire savoir, laissez le franchir cette porte ". Ce hadith, attribué au Prophète Muhammad, met en évidence la complémentarité des rôles envisagée dans le Shiisme. Il a déjà été question de l’engagement intime d’Ali concernant la mission du Prophète et de son rôle actif dans la cause de l'Islam. Cet engagement est mis en évidence par des sources Shi'a affirmant le rôle clé de l’Imam Ali dans l'histoire de l'interprétation du Qur’an, dans un engagement à l'implication de la raison en matière de foi, dans la mise en application d’une conduite éthique et d’une justice sociale, dans l'importance d'une recherche personnelle des connaissances et dans l’implication d'une vie en communion interne avec Dieu. Beaucoup d'enseignements de l’Imam Ali ont été préservés dans un ouvrage intitulé Nahj al-Balaghainfo-icon (Le Chemin de l’Eloquence), qui met en évidence son rôle fondamental dans l’inspiration des traditions intellectuelles et spirituelles Shi’a. Dans ce contexte, l'Imam a un rôle central dans l'Islam shiite, reliant la révélation concernant la vie humaine quotidienne et en donnant une expression concrète dans la société, à travers laquelle les idéaux éthiques du Shiisme peuvent être réalisés.


L'idéal de la justice sociale et de sa défense est évoquée dans les sources Shi'a, avec une référence particulière à la vie de l'Imam Hussein, petit-fils du Prophète. Pour avoir résisté au règne tyrannique du deuxième Calife Umayyade Yazid, l’Imam Hussein et ses partisans ont été massacrés à Karbala, dans l'actuel Iraq. Cet événement, commémoré durant les dix premiers jours du mois de Muharram dans le calendrier Musulman, a une importance fondamentale dans la spiritualité Shi'a Imami. Le martyre de l'Imam Hussein, appelé Sayyid al-Shuhada' ou "Seigneur des Martyrs", a non seulement catalysé les opposants du règne Umayyade, mais a également fournit un intérêt à propos de l’expression religieuse Shi'a, en renforçant la loyauté autour des Ahl al-Bayt, et de leur cause avec pour but de rétablir une société pieuse parmi les musulmans. L’Imam Muhammad al-Baqir et l’Imam Ja'far al-Sadiq, ont consolidé la position des Shi’a et ont élaboré la base intellectuelle de l'interprétation et de la pratique de l'Islam shiite à l'extérieur de l'ordre politique existant. Ils ont également été considérés comme d’importants modèles de référence concernant le développement continu de la spiritualité Shi'a et des rites religieux.


Un aspect distinct des traditions théologiques et juridiques Shi'a, comparé à celles des sunnites, a été la mise en avant de la raison et de l'utilisation des Hadith transmis par le biais de leurs Imams. Les Imamis ou les Duodécimains, comme tous les Shi’a, considèrent le raisonnement indépendant, ijtihad, comme un outil important dans la pensée jurisprudentielle. En théologie, ce principe a permis aux Shi’a Duodécimains de donner aux principes rationnels une large portée dans la tradition intellectuelle. En l'absence de l'Imam, l’ijtihad ne pouvait être exercé que par les érudits religieux compétents et qualifiés. Ces personnes, appelées mujtahids, sont devenues la principale source des orientations politiques à propos des problèmes quotidiens des croyants. Ces chercheurs ont reçu leur formation dans des centres où l’apprentissage religieux a été préservé et transmis. Connu comme madrasas, ces centres traditionnels d'apprentissage se sont développés dans les principaux lieux où la communauté shiite Imami était forte. En plus de centres en Irak, tel que Najaf et Karbala, il y avait également d’importantes institutions d'enseignement religieux en Iran – à Qum, Mashhad et Ispahan - et par la suite dans le sous-continent indien. Ces centres ont formé des chercheurs et juristes dans le but d’éduquer et de servir la communauté shiite, et ont créé des réseaux importants pour la préservation et la continuité de l'apprentissage du shiisme Duodécimain.


Alors que tous les Shi'a partagent les pratiques de base de l'Islam avec les autres communautés musulmanes, des traditions et cérémonies distinctes ont évolué dans l'Islam shiite, fondées sur un ensemble particulier d’expériences et d’interprétations Shi’a. En plus du pèlerinage Hajjinfo-icon à la Mecque et de la visite du tombeau du Prophète à Médine, les Shi’a Imami considèrent comme importante, la visite des tombes des Imams et de leurs descendants, qui, en persan, sont appelés Imamzadehs. Les plus importants de ces tombes sont à Najaf (lieu de sépulture de l'Imam ' Ali), Karbala (lieu de sépulture de l'Imam Hussein), al-Kazimayn à Bagdad (tombeau des cinquième et neuvième Imams), Mashhad (Imam al Rida) et Samarra (tombeau des dixième et onzième Imams), qui est aussi le lieu où le douzième Imam est entré en occultation. Un autre site populaire de pèlerinage est Qum, lieu où la sœur du huitième Imam ' Ali al-Rida est enterrée. Il y a également des sites saints au Caire (considéré comme le lieu où la tête de l’Imam Hussein a été conservée) et à Damas (associé à Zaynab, la sœur de l'Imam Hussein).


La commémoration du martyre de l’Imam Hussein à une signification particulière et a lieu durant le mois de Muharram par le biais de processions dans lesquelles un chagrin intense est affiché. Aux majalis, les sessions consacrées à la commémoration du martyre de l'Imam Hussein, les prêcheurs racontent les événements conduisant à sa mort dans des sermons connus sous le nom de rawda-khani, et des prières sont offertes. Les croyants recréent également la tragédie de l'Imam Hussein et récitent des poèmes lyriques, souvent par le biais de représentations dramatiques complexes appelées ta'ziyeh. Les événements de Karbala sont commémorés dans le monde, partout où les communautés Shi’a Duodécimaines sont présentes et sont enrichies par les poésies et traditions locales. Les lieux de rassemblement dans lesquels ces événements se déroulent sont connus sous le nom d’Husayniyyas ou Imambaras, qui consistent en de vastes structures décorées, ornées d'images rappelant la tragédie.


Le Shiisme Ismaili


Après la mort de l’Imam Ja‘far al-Sadiq au cours du 8ème siècle CE, ceux de ses partisans fidèles à son aîné, l’Imam Isma‘il et à ses descendants, se sont battus pour garder leurs espoirs en vie. Les descendants de l'Imam Isma'il, éponymes des actuels Ismailis, ont vécu dans des circonstances très dangereuses, dans diverses localités tenues secrètes. Au cours du 9ème siècle de notre ère, ils se sont établis à Salamiyya en Syrie. Durant cette période, ils ont dissimulé leur identité auprès du public et ont cherché à consolider et à organiser la communauté Ismaili largement dispersée. Les érudits et les dirigeants locaux des Ismailis, appelés da‘i ou « Invocateurs », ont maintenu le contact avec les Imams et se sont organisés à travers la da‘wainfo-icon, un réseau d'engagements partagés envers Imam et de valeurs intellectuelles communes. Lorsque qu'ils sont réapparus au grand jour au début du Xe siècle, la communauté Ismaili était remarquablement bien organisée et en cohésion. Cette communauté s'est appuyée sur un réseau missionnaire de dirigeants dédiés ou da'is (littéralement, "ceux qui assignent'), qui a transmis efficacement les enseignements des Imams Ismailis et ce avec une grande compétence intellectuelle.


Les da'is Ismailis ont cherché à étendre leur influence et à forger des alliances pour créer les bases d'un état concevable en vertu des règles de l'Imam. Cette occasion de jeter les bases d'un État a pris de l'ampleur au début du Xe siècle CE, lorsque l'Imam Ismaili du temps, ' Abdallah, s’est déplacé de Syrie en Afrique du Nord. En 910 CE, il a été proclamé Amir al-Mu’minin ('Commandeur des croyants'), avec le titre d'al-Mahdi (‘Le Guidé’, équivalent à l'idée du ‘sauveur’.) La dynastie des Imams Ismailis, qui, pendant plus de deux siècles, a régné sur un vaste empire centré en Égypte, a adopté le titre d'al-Fatimiyyun (communément traduit par Fatimides) d’après Fatima, la fille du Prophète Muhammad et la femme de l'Imam ' Ali, de qui descendaient les Imams. La proclamation de l'Imam ' Abdallah al-Mahdi en tant que premier Calife Fatimide a marqué le début de la tentative Ismaili de donner une forme concrète à leur vision de l'Islam Shi’a.


Depuis sa fondation initiale dans l’actuel Tunisie, les Fatimides ont étendu leur domination en terme d'influence et d'autorité, s’avançant vers l'Égypte durant le règne du quatrième Imam et Calife Fatimide al-Mu'izz. En 973 CE, l’Imam Calife al-Mu'izz a transféré la capitale Fatimide d'Afrique du Nord à la nouvelle ville d'al-Qahira (Le Caire), fondée par les Fatimides en 969 CE. Ainsi, le Caire est devenu le centre d'un vaste empire, qui à son apogée, s’est étendu vers l'ouest en l'Afrique du Nord, en Sicile et dans d’autres localités du pourtour méditerranéen, et vers l'est, en Palestine, en Syrie, au Yémen et au Hijazinfo-icon avec ses villes saintes de la Mecque et Médine. Les territoires fatimides ont pris part activement au commerce international avec l'Afrique du Nord, la Nubie, le Moyen-Orient, l'Europe, Byzance (Constantinople en particulier), les îles de la Méditerranée et l'Inde. L'agriculture a évolué jusqu’à parvenir à un niveau d'autosuffisance générale ; l'industrie a été aidée activement par l'État ce qui a permis d’accentuer le commerce maritime ainsi que le commerce intérieur.


Toutefois, c’est dans la sphère de la vie intellectuelle que l’avancée des Fatimides semble la plus brillante et la plus exceptionnelle. Les dirigeants fatimides ont été de prodigieux transmetteurs de connaissances. Leur encouragement en matière de recherche scientifique et d’activités culturelles a attiré les plus beaux esprits de l’époque à la Cour Califale du Caire, indépendamment de l'appartenance religieuse. Ces esprits éclairés ont inclus des mathématiciens et physiciens, des astronomes, des médecins, des historiens, des géologues et des poètes. Al-Azhar, la mosquée principale du Caire construite par l'Imam et Calife al-Mu'izz et dotée par ses successeurs, est également devenue un grand centre d'apprentissage. Le Dar al-‘Ilm ('Maison de la connaissance'), qui a été institué au Caire en 1005 CE par l'Imam et Calife al-Hakim (r. 996-1021 CE), elle est devenue célèbre en tant qu'institution principale de l'apprentissage. Son programme d'études a combiné un éventail de grandes disciplines académiques, allant de l'étude du Qur’an et des traditions prophétiques en passant par la jurisprudence, la philologie et la grammaire, la médecine, la logique, les mathématiques et l'astronomie. Cette institution, avec sa bibliothèque de plus de 400 000 manuscrits, a été ouverte aux adeptes de différentes religions. L'impact de cette floraison culturelle et intellectuelle ne s’est pas limité pas au monde musulman. L'influence des institutions académiques du Caire et des autres centres d’érudition Ismaili s’est répandue en Europe, contribuant de manière significative au développement de la pensée scientifique et de la philosophie à l'Ouest.


Des intellectuels Ismailis, d’une habilité exceptionnelle, tels qu’Abu Hatim al-Razi, Abu Ya'qub al-Sijistani, al-Qadiinfo-icon al-Nu ' Man, Hamid al-Din al-Kirmani al-Mu'ayyad fi ' l-Dininfo-icon al-Shirazi et Nasir-i Khusraw, ont apporté une importante contribution à l'articulation de la pensée musulmane et de la littérature Shi'a. Ils ont écrit de nombreux articles, employant les outils philosophiques de l'époque, afin de promouvoir une compréhension approfondie des concepts du tawhid (unité de Dieu), de la prophétie et de l’Imamat sur la base des principes islamiques généraux et Shi'a. Nasir-i Khusraw (mort en1072 CE), le poète-philosophe bien connu a propagé le shiisme Ismaili en Asie centrale, et a tenté de démontrer la relation entre la philosophie et la sagesse prophétique, soulignant le caractère indispensable de la sagesse prophétique pour le développement de l'intellect humain. Dans la même veine, Hasan-i Sabbah (d. 1124 CE), fondateur d'un État Ismaili basé à la forteresse d’Alamut,en Iran, a enseigné la doctrine Shi'a originaire du ta'lim (littéralement, "éducation") et la nécessité pour l'humanité de suivre les orientations révélatrices telles qu'interprétées par chaque Imam du temps.


La Fondation du Califat Fatimide a également fourni la première occasion de promulguer des principes jurisprudentiels Shi’a Ismailis. L'exposition Ismaili de ces principes s'inspire des enseignements de l'Imam 'Ali, qui ont été la source d'inspiration des élaborations doctrinales effectuées par les Imams Muhammad al-Baqir et Ja'far al-Sadiq. À la lumière de ces enseignements, la loi Fatimide a été élaborée et exécutée, par-dessus tout, en référence à leur philosophie universelle de tolérance religieuse et de respect de la différence. L'esprit de la politique de l'État Fatimide a été brièvement inscrit dans l'un de leurs édits: « Chaque musulman peut essayer de trouver sa propre solution au sein de sa religion. » Dans le même esprit, les Fatimides ont encouragé le mécénat privé des mosquées ainsi que les dotations pieuses par les musulmans des différentes écoles juridiques, leur politique reflétant le fait historique d'une pluralité d’interprétations plutôt qu'une interprétation monolithique de la religion.


Pour les nominations à la magistrature Fatimide, comme dans les autres branches du gouvernement, le mérite a été un critère primordial. En élevant un juriste sunnite au poste de chef qadi ou juge, l'Imam Calife al-Hakim, par exemple, a hissé au rang de facteurs déterminants, le sens de la justice et l’intellect. La période de domination Fatimide a aussi été remarquable pour le soutien et l'encouragement donnés aux chrétiens et Juifs au sein de l'État. De nombreux chrétiens coptes et arméniens ainsi que des Juifs ont obtenus des postes importants, et les deux communautés ont participé activement à la vie sociale, culturelle, intellectuelle et économique de la société en général. Les Fatimides ont fondé cet encouragement sur le principe Quranique du respect pour les Ahl al-Kitabinfo-icon, les Gens du Livre, qui intégraient les communautés chrétiennes et juives.


Durant la dernière décennie du 11ème siècle de notre ère, la communauté Ismaili a souffert d’un schisme permanent concernant la question de la succession de l'Imam Calife al-Mustansir Bi'llah, décédé en 1094 CE. Une partie de la communauté a reconnu son plus jeune fils al-Musta'li, qui a succédé au califat Fatimide comme’ Imam. L'autre partie a soutenu le fils aîné d’al-Mustansir et héritier désigné, Nizar, comme Imam. Les Imams Ismailis Nizari des temps modernes, connus sous leur titre héréditaire d'Aga Khan, sont les descendants de l’Imam Nizar. Aujourd'hui, les deux branches Ismailis sont les Musta‘li et les Nizarisinfo-icon, nommé ainsi d'après le fils d'al-Mustansir qui revendiquait son héritage.


Le siège de l’Imamat Nizari s'est implanté en Iran, où les Ismailis s’étaient déjà installés, sous la direction d’Hasan-i Sabbah, établissant un état comprenant un réseau de constructions fortifiées. Avec son siège à Alamutinfo-icon, dans le nord de l'Iran, l'état Nizari s’est par la suite étendu à des parties de la Syrie. Bien qu'il y ait des guerres continues entre les musulmans concernant des questions de pouvoir et de territoire, cette période de l'histoire musulmane ne peut être dépeinte comme une simple lutte entre camps adverses. La situation militaire était d’autant plus compliquée par la présence des croisés, qui étaient en contact avec les Ismailis Nizaris de la Syrie. Des alliances mouvantes entre ces différents groupes étaient le quotidien de l'époque.

C'est dans ce contexte de guerre débilitante entres musulmans et la menace croissante des Mongols envers le monde musulman que l'Imam Ismaili Nizari Jalal al-Din Hasan (r. 1210-1221 CE), qui gouvernait depuis Alamut, s'est lancé dans une politique de rapprochement avec les dirigeants et les juristes sunnites. Les sunnites ont répondu positivement, et le Calife Abbasside al-Nasir a reconnu la légitimité du règne de l'Imam Ismaili sur un État territorial. La politique de l’Imam Jalal al-Din, comme celle de ses ancêtres Fatimides, a été une affirmation concrète selon laquelle, bien que des différences dans l'interprétation des textes sacrés existaient parmi les musulmans, ce qui importait le plus, concernait les principes fondamentaux qui les unissaient tous. En ces temps ardus de lutte, de rencontres militaires d’alliances mouvantes, les Ismailis de l'état d’Alamut n’ont pas abandonné leurs traditions intellectuelles et littéraires. Leurs forteresses ont abrité des bibliothèques impressionnantes avec des collections de livres sur divers sujets religieux, incluant des traités philosophiques et scientifiques ainsi que des équipements scientifiques. De même, l'environnement hostile n’a pas non plus forcé les Ismailis Nizaris à abandonner leur politique libérale de mécénat envers les érudits, qui a bénéficié aussi bien à des scientifiques et érudits musulmans qu’à des non musulmans. Leurs colonies en Iran ont également servi d’asiles pour des vagues de réfugiés, indépendamment de leur croyance, qui ont fui les conflits locaux et les assauts des Mongols. Le fort Alamut est finalement tombé entre les mains des Mongols en 1256 CE. Par la suite, de nombreux Ismailis Nizaris ont trouvé refuge en Afghanistan, en Transoxanie d’ Asie centrale, et de Chine, et dans le sous-continent indien, où de grandes colonies Ismailis existaient depuis le IXème siècle de notre ère.


Les Ismailis qui sont restés en Iran ont dû protéger leur identité afin d’échapper aux persécutions. Étant donné la nature ésotérique de leur tradition, les ordres Sufis ont souvent fourni l’hospitalité aux Ismailis. Bien que les ordres Sufis répandus par la suite dans les terres iraniennes ont été majoritairement sunnites, tous ont tenu l’Imam ' Ali ibn Abi Talib en haute estime. Pendant cette période trouble, l'institution de l’Imamat Ismaili a conservé sa capacité de résistance. Au XIVe siècle, sous l'influence des Imams Nizaris, de nouveaux centres d'activité Nizaris ont été institués dans le sous-continent indien, en Afghanistan, dans les régions montagneuses de l’Hindukush, en Asie centrale et dans certaines parties de la Chine. En Asie du Sud, les Ismailis Nizaris étaient connu sous l’appellation de Khojas, et ils ont développé une dévotion lyrique distincte, connue sous le nom de Ginans.

Evolution de la situation durant la période moderne


La communauté Ismailis Nizari moderne est implantée à une échelle mondiale. Historiquement, la communauté a reflété une vaste diversité géographique et ethnographique basée sur les différentes régions culturelles du monde d’où proviennent et ont vécu ses membres. Aujourd'hui, le patrimoine Ismaili comprend les cultures d'Asie centrale, de Perse, des pays arabes du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud. Au cours des XIXe et XXe siècles, de nombreux Ismailis d'Asie du Sud ont migré vers l'Afrique et s'y sont installés. Plus récemment, il s’est produit une migration de tout le monde Ismaili vers l’Amérique du Nord et l’Europe. Les valeurs communes qui unissent les Ismailis sont centrées sur leur allégeance envers l’Imam vivant. À l'heure actuelle, le 49ème Imam héréditaire et descendant du Prophète Muhammad, est le Prince Karim Aga Khaninfo-icon. L'autorité et les directives de l'Imam fournissent le cadre propice au développement de la communauté Ismaili et à la préservation de la continuité de son patrimoine musulman.


La phase moderne de l'histoire des Ismailis Nizaris, comme celle des autres musulmans, peut être datée à l’arrivée du XIXe siècle et aux changements historiques importants découlant de la croissance et de l'élargissement de la présence et du pouvoir européen dans le monde musulman. Après une période de changement et d'agitation en Iran durant les années 1840, le 46ème Imam, Hasan ' Ali Shah, est allé en Inde. Il a été le premier Imam Nizari à porter le titre d’Aga Khan, qui lui a été accordée par le monarque Perse Fath ' Ali Shah Qajar. Sa gouvernance a permis à la communauté présente en Inde de jeter les bases d'évolutions institutionnelles et sociales et a également favorisé des contacts plus réguliers avec les communautés Ismailis présentes dans d'autres parties du monde. Après sa mort en 1881, il a été remplacé par son fils l’Imam ' Ali Shah, Aga Khan II, qui a continué à œuvrer sur les institutions créées par son père, en mettant un accent particulier sur la délivrance d’un enseignement moderne à la communauté. Il a également joué un rôle important en représentant les musulmans dans les institutions politiques émergentes, sous la domination britannique en Inde. Suite à sa mort prématurée en 1885, Aga Khan II fut remplacé par son fils âgé alors de huit ans, l’Imam Sultan Mahomed Shah, Aga Khan III. L’Aga Khan III a été Imam durant 72 ans, période la plus longue de l'histoire Ismaili, et au cours de sa vie il a effectué d’énormes transformations politiques, sociales et économiques. Sa participation à long terme dans les affaires internationales, son plaidoyer en faveur des intérêts musulmans en des temps troublés, et son engagement envers une avancée en matière d'éducation, particulièrement pour les femmes musulmanes, reflètent ses importantes et généreuses contributions. C'était sa gouvernance en qualité d’Imam, qui a cependant transformé l'histoire contemporaine des Ismailis Nizaris, leur permettant de s'adapter avec succès aux défis du XXe siècle.


En Asie du Sud et en Afrique, les Ismailis Nizaris ont instauré des structures administratives, des institutions éducatives, des services de santé et se sont fondés sur les opportunités économiques présentes dans le commerce et l'industrie. En 1905, la communauté Ismaili Nizari implantée en Afrique de l'est a adopté une constitution, qui a jeté les bases d'un cadre organisé d’institutions et de gouvernance aux niveaux local, régional et national. Des constitutions similaires ont été créées pour les autres communautés Ismailis et ont été révisées périodiquement, prodiguant des conseils concernant le respect d’une éthique personnelle et la place dans le cadre des lois de chaque pays dans lequel les Ismailis résidaient. En 1986, l'Imam présent, le Prince Karim Aga Khan, a étendu cette pratique à la communauté Ismaili Nizari du monde entier. La constitution Ismaili révisée , qui répond aux besoins de gouvernance sociale de tous les Ismailis Nizaris, favorise une approche unifiée concernant l'organisation interne et les relations extérieures, tout en tenant compte de la diversité régionale et des différences locales. Comme par le passé, les Ismailis suivent une forte tradition de service volontaire, de contributions, de dons de temps, d'expertise et de ressources personnelles envers l'Imam et les institutions communautaires.


L'Imam actuel Nizari a accédé à sa fonction en 1957, à un moment où une grande partie du monde en voie de développement, y compris le monde musulman, traversait une importante période de transition, souvent marquée par des bouleversements et des changements politiques. Ceux-ci ont perduré tout au long du XXe siècle, rendant particulièrement vital le fait que les Ismailis soient guidés convenablement durant ses périodes de crises et de changements tumultueux, comme en Afrique de l'est , dans le sous-continent et plus tard, en Afghanistan, en Iran, en Syrie et au Tadjikistan. Les dislocations sociales et politiques ont souvent signifié que la préoccupation humanitaire visant à la réhabilitation et à la réinstallation des réfugiés s’est hissé au rang prioritaire, et un nombre significatif d'Ismailis ont émigré vers la Grande-Bretagne, d’autres pays d'Europe, le Canada et les États-Unis.


Alors que les organisations institutionnelles internes de la communauté Ismaili Nizari ont continué à se renforcer et à se réorganiser afin de répondre à l'évolution des conditions, l'Imam a également créé de nouvelles institutions afin de mieux servir le développement complexe des besoins de la communauté et des sociétés à l’intérieur desquelles vivaient ses disciples. Cela a donné lieu à l'établissement de l'AKDN (Aga Khan Development Network) ayant pour objectif de créer des stratégies de développement humain durables, propices à la réalisation des aspirations culturelles, économiques, sociales et spirituelles des individus et des communautés. Un certain nombre d'institutions au sein de l'AKDN ont poursuivi une variété de programmes de développement économique, des développements concernant l'éducation social, la culture et l'environnement à travers le monde, dans les milieux ruraux et urbains, mettant un accent particulier sur les populations défavorisées.

Doctrines et Pratiques



L'essence du shiisme repose dans la recherche de la véritable signification de la révélation afin de comprendre le but de la vie et de la destinée humaine. En vertu de l'autorité (walayainfo-icon) investie en la personne de l'Imam ' Ali par le Prophète, chaque Imam du temps est l'héritier de l'autorité du Prophète, l’administrateur de son héritage et le gardien du Qur’an. Le rôle de l'Imam est de montrer le chemin donnant accès à l'épanouissement spirituel et d’exprimer l'essence de la relation entre l'Imam et son disciple (murid), symbolisée par le traditionnel serment d'allégeance (bay‘a) que chaque muridinfo-icon exprime à l'Imam de l'époque. Le remplacement de la lignée des Prophètes par celle des Imams, assure ainsi l'équilibre entre la Shari‘a, l'aspect exotérique de la foi et la Haqiqa, son essence ésotérique, spirituelle. Ni l'aspect exotérique (zahir), ni l’aspect ésotérique (batin) de la religion n’oblitère l'autre. L'Imam est le chemin d'accès à l'élévation spirituelle interne du croyant et l'autorité religieuse qui rend la Shari‘a pertinente au regard des besoins de l'époque. Cette insistance sur une vie intérieure spirituelle en harmonie avec la performance exotérique de la Shari‘ainfo-icon, est un aspect de la foi qui se retrouve accepté par de nombreuses communautés dans les deux branches de l'Islam, Shi'a ou Sunnites.


L’Imamat permet donc aux croyants d'aller au-delà de la forme apparente ou externe de la révélation dans leur quête de spiritualité interne et de compréhension. Sous la direction de chaque Imam Nizari, le sens du Qur’an se dévoile différemment à chaque âge. L'ultime espoir Shi'a n'est pas de recevoir une nouvelle révélation, mais de comprendre pleinement la signification spirituelle de la révélation finale accordée au Prophète Muhammad. Cette conception explique la notion Shi'a du dynamisme spirituel de l'Islam par le biais de la lignée des Imams, dont le principal rôle est de favoriser la soumission aux ordres Divins. Ce principe garantit la vitalité perpétuelle de la Shari‘a, la loi normative, et des pratiques dérivées de celle-ci. Ces pratiques sont la fondation de la jurisprudence Ja‘fari ­Imami, telle qu’élaborée par l'Imam Ja'far al-Sadiq, qui est accepté pareillement chez les musulmans Shi‘a Imami et Ismailis en tant qu’Imam.


Ainsi, les deux communautés, appliquent les fondements de l'Islam et de ses pratiques de base. Elles acceptent le Saint Qur’an, interprété justement, comme source de conseils applicable à toutes les époques. Ils respectent la Sunna du Prophète Muhammad, telle que rapportée par les Imams d’Ali, en plus des normes édictées par les Imams eux-mêmes. Elles réservent le droit d'interprétation du Qur’an aux Imams issus de la descendance du Prophète. Comme principe religieux, elles placent l'obéissance envers les Imams immédiatement après l'obéissance envers Dieu et le Prophète. Cette croyance est dérivée du commandement dans le Qur’an, selon lequel les musulmans doivent obéir à Dieu, au Prophète et à ceux investis de l’autorité. En cas de doute sur la bonne voie à suivre, elles doivent se soumettre au jugement de l'Imam. Les Imams sont le peuple du souvenir (Ahl al-Dhikrinfo-icon), dotés de la vraie connaissance du message révélé.


Les Shi’a effectuent leurs prières rituelles dans des mosquées dans lesquelles vont tous les musulmans. En plus des pratiques prescrites par la Shari‘a, les Ismailis Nizaris respectent leurs propres pratiques distinctes telles que les prières de supplication et d’intercession (du‘a), les séances méditatives de souvenir (dhikr) et la récitation de la poésie dévotionnelle. Ces pratiques ont généralement lieu dans les Jamatkhanas Ismailis (littéralement, ' maison de rassemblement'). Ses maisons de rassemblement Ismailis sont désignée par l'Imam du temps pour être utilisées par les murids qui ont effectué le bay‘ainfo-icon, le serment d'allégeance, et dont les bay‘a ont été acceptés par l'Imam. En tant que partie intégrante du paysage religieux du monde musulman, les Jamatkhanas font partie d'une catégorie institutionnelle qui dessert un certain nombre de communautés Shi’a et sunnites dans leurs contextes respectifs. Pendant de nombreux siècles, une caractéristique importante du paysage religieux de l'Islam a été de trouver des espaces coexistant en harmonie avec la mosquée. Historiquement desservant des communautés ayant des interprétations et des affiliations spirituelles différentes, ces espaces vont du ribatinfo-icon, du tekke, et de la zawiya des Sufis à la Husayniyya et au Jamatkhana des Shi’a.


Les pratiques des Ismailis Nizaris ont évolué au fil des siècles en une multiplicité de milieux culturels, s’étendant de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, en passant par l'Iran, l'Asie centrale, l’Afghanistan, la Chine, et l’Asie du Sud. La diversité qui résulte de ces pratiques correspond aux multiples traditions culturelles, linguistiques et littéraires des Ismailis Nizaris, qui reflètent le pluralisme de la Umma musulmane au sein de l'unité fondamentale de l'Islam. Cette unité parmi les musulmans est évidente, par exemple, dans leurs pratiques courantes, dérivées de la Shari‘a, il existe des célébrations communes, tels qu’Id al-Fitr (la fête de rupture du jeune à la fin du Ramadan) et le Milad al-Nabi (la célébration de l'anniversaire du Prophète Muhammad), qui sont célébrées par les musulmans de toutes les différentes branches. En outre, les musulmans Shi’a se recueillent en particulier pour les célébrations Shi'a telles qu ' Id al-Ghadir, la commémoration de l’événement s’étant produit à Ghadir al-Khumm, où le Prophète a désigné l’Imam ' Ali comme son successeur. Cette unité parmi les musulmans a coexisté historiquement avec le droit pour chaque école de pensée islamique de mettre en pratique son interprétation particulière des préceptes centraux de l'Islam.


Les Ismailis Musta‘li



Les Ismailis Musta'li partagent avec les Ismailis Nizaris un héritage Fatimide commun, bien qu'ils n’aient plus d’Imam présent dans leur communauté. Au lieu de cela, ils sont guidés par la direction de la Da'i Mutlaq (autorité suprême), représentant l'Imam caché, et ayant pour but de maintenir les traditions intellectuelles et juridiques dans leur vie quotidienne. Les Imams Musta'li eux-mêmes sont restés dissimulés depuis 1130 CE. En leur absence, les autorités suprêmes appelées Da'i Mutlaq ont pris la direction de leur communauté. Concernant toutes les questions d’aspect pratique, le Da'i est un substitut de l'Imam caché Musta‘li. Dans le cas des Imams, le Da'is Musta'li nomme leurs successeurs. A partir du XIIe siècle, les Ismailis Musta'li se sont principalement installés au Yémen et plus tard lors d’une migration croissante en Inde, où ils sont connus sous l’appellation de Bohras. Après l’an 1589 CE, la communauté s’est divisée en deux branches Daudi et Sulaymani en outrepassant l’allégeance à différents individus tel que le Da'i Mutlaq. Il n'y a aucune différence significative entre les doctrines des deux branches de l’Ismailisme Musta'li. Le Da'i actuel du groupe majoritaire, la Daudisinfo-icon de Tayyibi, est Sayyidna Muhammad Burhan al-Din, le 52ème de la série. Il vit à Mumbai (Bombay), où la direction a été déplacée de son siège précédent situé dans le Gujarat. Les Daudis sont présents principalement en Asie du Sud, moindrement au Yémen et dans les petites communautés d'immigrants en Grande-Bretagne, en Amérique du Nord et au Sri Lanka. L'autre groupe Musta'li, les Sulaymanisinfo-icon, reconnaissent 'Abdallah ibn Muhammad al-Makrami en tant que 51èmeDa'i, et son quartier général est installé au Yémen. Suite à l'annexion de la province de Najran du Yémen par l'Arabie saoudite en 1934, une petite communauté de Sulaymanis s’y est installée ainsi qu’un nombre moins important en Inde.


Depuis 1817, le Bureau du Da'i Mutlaq des Daudis est resté entre les mains de la descendance du Shaykh Jiwanji Awrangabadi. Deux Da'is récents ont joué un rôle important dans la communauté contemporaine Tayyibi Daudi. Sayyidna Tahir Sayf al-Din est devenu dirigeant en 1915 et a été remplacé en 1965 par son fils, l’actuel Da'i Sayyidna Muhammad Burhan al-Din (né en 1915). Sayyidna Muhammad a continué à souligner la forte tradition d'apprentissage dans la communauté Daudi. Cela se reflète dans le développement des deux bibliothèques principales dans les villes indiennes de Mumbai et de Surat et dans l'agrandissement de leur séminaire principal, Jami'a Sayfiyya, à Surat, une Académie d'apprentissage et de formation pour les érudits religieux et fonctionnaires de la communauté. Il y a des madrasas bien établies afin de pourvoir une éducation religieuse à tous les Daudi Bohras ainsi que des écoles fournissant une éducation laïque. La tradition de conserver le patrimoine de l'apprentissage par le biais de l'étude de manuscrits a été bien conservée, et des travaux scientifiques et littéraires, principalement en arabe, continuent à se développer au sein de la communauté. Les Ismailis Musta'li, Daudi et Sulaymani, ont préservé une partie importante de la littérature arabe des Ismailis de périodes antérieures.


La communauté Daudi est organisée sous la direction du Da‘iinfo-icon, qui siège à Mumbai. Un représentant, appelé Shaykh ou ' Amil, dirige la communauté locale et organise sa vie religieuse et sociale, notamment l'entretien des lieux de culte religieux et rituel, ainsi que des bâtiments communaux. Chaque Daudi, lorsqu’il atteint l'âge de 15 ans, est obligé de prêter serment d'allégeance (mithaq) envers les Imams et les Da'is. La majorité des Ismailis Bohras sont dans les affaires et l'industrie et ont une réputation bien méritée concernant leur esprit d'entreprise et de service publique. Ils organisent également de nombreuses manifestions charitables pour le bien-être de leurs communautés dans le monde entier.


La communauté Sulaymani est d'origine prédominante arabe et vit principalement au Yémen. On la trouve dans des zones urbaines et rurales, avec de fortes racines tribales. La communauté Sulaymani de Najran en Arabie saoudite a souvent trouvé difficile de pratiquer sa foi ouvertement et librement en raison de la pression mise par la secte officielle Wahhabi d'Arabie saoudite. La communauté Sulaymani, plus petite, installée en Inde a fourni des fonctionnaires et des universitaires connus. Il existe certaines différences entre les traditions et les pratiques sociales de la langue arabe yéménite des Sulaymanis et des Daudis d'Asie du Sud, qui utilisent une forme de Gujarati écrite en alphabet arabe. Les Daudis Bohras ont également intégré de nombreuses coutumes hindous dans leur mariage et autres cérémonies.




L'influence et la répartition géographique des Zaydis, nommés d'après leur quatrième Imam ibn ‘Ali Zayn al-‘Abidin (d. 740 CE), a été plus restreinte que celle des Duodécimains et des Ismailis. En fait, après quelques succès initiaux en Irak, le shiisme Zaydi est resté confiné à la région proche de la mer Caspienne, au nord de l'Iran et surtout au Yémen, où les communautés Zaydis continuent d’exister jusqu’à maintenant.


La branche de shiisme Zaydi s’est développée suite à la révolte avortée de Zayd ibn 'Ali à Kufa en 740 CE. Le mouvement a été initialement dirigé par le fils de Zayd, Yahya, qui s'est échappé de Kufa pour aller à Khurasan et a concentré ses activités dans ce qui est maintenant l'est de l'Iran et de l'Asie centrale. Yahya a été finalement traqué par les Umeyyades et tué en 743 CE. Au début de la période Abbasside, les Zaydis étaient dirigées par un autre des fils de Zayd, ' Isa (d.783 CE). Au milieu du IXème siècle de notre ère, les Zaydis ont porté leur attention loin de l'Irak et ont concentré leurs activités dans des régions très éloignées des centres de pouvoir Abbasside. Ces régions comprennent Daylaminfo-icon, dans le nord de l'Iran et le Yémen, où les deux États Zaydis ont bientôt été fondés.


Les Zaydis ont élaboré une théorie de l’Imamat qui les distingue clairement des Shi’a Duodécimains et des Ismailis. Les Zaydis n’ont pas reconnu une lignée héréditaire d’Imams, et n’ont pas non plus attaché d’importance au principe de la désignation, nass. Au départ, ils ont accepté tout membre issu des Ahl al Bayt en tant qu’Imam potentiel, bien que plus tard, les Imams se soient limités aux descendants des Imams Hasan ou Husayn. Conformément à la doctrine Zaydi, si un Imam souhaite être reconnu, il devra faire valoir ses revendications publiquement lors d’une insurrection (khuruj), en plus d'avoir les connaissances religieuses requises. De nombreux Imams Zaydis ont été des érudits, des savants et des écrivains. Contrairement aux Duodécimains et aux Ismailis, les Zaydis ont exclus les mâles mineurs de l’Imamat. Ils ont également rejeté l'idée eschatologique d'un Mahdi dissimulé et de son retour attendu. En réalité, les tendances messianiques étaient plutôt faibles dans Shiisme. En raison de l’accent mis sur les politiques actives, le respect de la Taqiyyainfo-icon et la dissimulation des réelles convictions, ont également été étranger aux enseignements Zaydis. Toutefois, les Zaydis ont élaboré la doctrine de l’hijrainfo-icon, l’hégire, l'obligation d'émigrer d'une terre dominée par des dirigeants injustes, non-Zaydis.


Les Zaydis ont été moins radicaux que les Shi'as Imami dans leur condamnation des premiers Califes. Ils ont soutenu que l’Imam ' Ali avait été Imam par désignation du Prophète. Cependant, cette désignation était floue et obscure, de telle sorte que son sens réel ne pouvait être compris que par l'intermédiaire de recherches. Après l’Imam Husayn ibn 'Ali, l’Imamat pouvait être réclamé par tout descendant qualifié des Imams Hasan ou Husayn qui était prêt à lancer une insurrection armée contre les dirigeants illégitimes et à délivrer un sermon à comparaître formel (da‘wa) pour obtenir l'allégeance du peuple. Le savoir religieux, la capacité à délivrer des décisions indépendantes (ijtihad) et la piété ont été souligné en tant que qualifications réservées à l'Imam. Contrairement aux croyances des Shi'as Imami, les Imams Zaydis n'étaient pas jugées immunisés contre les erreurs et les pêchés (ma‘sum), exceptés les trois premiers Imams. La liste des Imams Zaydis n’a jamais été complétement fixe, bien que beaucoup d'entre eux aient été acceptés à l'unanimité par leurs partisans. Il y avait, en réalité, des périodes sans aucun Imam Zaydi et parfois, il y avait plus d'un Imam. En raison de leurs exigences élevées en matière d'apprentissage religieux, les Zaydis ont souvent soutenu les prétendants d’Ali et les dirigeants avec des qualités d’invocateurs (Da'is) ou des Imams avec un statut restreint, en comparaison aux Imams à part entière (sabiqun).


Au Xe siècle de notre ère, les Zaydis ont adopté pratiquement toutes les doctrines principales de la théologie Mu'tazili, y compris la punition inconditionnelle du pécheur repenti - un précepte rejeté par les Duodécimains et les Ismailis. En droit, les Zaydis se sont initialement appuyés sur les enseignements de Zayd b. d’Ali lui-même et sur d’autres autorités issues d’Ali. Toutefois, à la fin du IXe siècle, quatre écoles juridiques sont apparus sur la base des enseignements des différentes érudits Zaydis, y compris l’Imam al-Qasim ibn Ibrahim al-Rassi (d.860 CE), qui a fondé une école de jurisprudence qui est devenue incontournable dans le Yémen et dans la région de la mer Caspienne. Par la suite, le droit Zaydi est devenu grandement influencé par l'école de jurisprudence sunnite Shafi'i.


En l’an 864 CE, Hasan b. Zayd, un descendant de l'Imam Hassan, a conduit les Daylamis à se révolter contre le dirigeant de la région pro-Abbasside et a créé le premier État Zaydi en Tabaristan, dans le nord de l'Iran. Par la suite, les Zaydis Daylamis ont été divisés en deux branches rivales, les Qasimiyyas et les Nasiriyyas. Il y a eu beaucoup d’antagonisme entre les deux communautés Zaydi du Nord de l'Iran qui ont souvent soutenu différents dirigeants. Les différents ont été encore plus compliqués par les différences ethniques et les liens étroits qui ont existé entre les Zaydis Qasimiyyas et les Zaydis du Yémen. Au cours du XIIe siècle, les Zaydis Caspiens ont perdu beaucoup de leur importance au profit des Ismailis Nizaris, qui se sont établis avec succès dans le nord de l'Iran, leur siège étant établi à Alamut. Par la suite, les Zaydis ont été davantage affaiblis en raison d'incessantes querelles entre les factions, à propos des différents prétendants. Cependant, les dynasties mineures d’Ali et les communautés Zaydis ont survécu dans le nord de l'Iran jusqu'au XVIe siècle, lorsque les Zaydis de cette région se sont reconvertie au shiisme Duodécimain sous les Safavides. Ainsi, le shiisme Zaydi s’est limité au Yémen.


Au Yémen, l’Imamat Zaydi a été fondé en l’an 897 CE par Yahya b. Husayn al-Hadi Ila'l-Haqq (d. 911 CE), un descendant d’Hasan et petit-fils du juriste Qasim ibn Ibrahim al-Rassi. Avec l'aide des tribus locales, il s'est installé au Nord du Yémen, dans ce qui reste connu comme la forteresse du shiisme Zaydi en Arabie du Sud. Les enseignements juridiques d’Al-Hadi ont constitué la fondation de l'école juridique de Hadawiyya, reconnue comme’autorité dans certaines parties de la communauté Zaydi de la mer Caspienne, alors qu'elle était la seule école juridique reconnue au Yémen. Finalement, les descendants d'al-Hadi se sont disputés entre eux et ont échoué à être reconnus en tant qu’Imams, ébranlant ainsi la régence Zaydi au Yémen. Au XIe siècle, les Zaydis Yéménites ont dû en outre faire face à des problèmes en raison des mouvements schismatiques dans leur communauté.


L’Imamat Zaydi a été brièvement restauré au Yémen par Ahmad b. Sulayman al-Mutawakkil (1138-1171 CE), qui a promu l'unité Zaydi. L’Imamat Zaydi a prévalu au Yémen même après l'occupation de l’Arabie du sud par les Sunnites Ayyubides en l’an 1174 CE, bien que le pouvoir des Imams ait été considérablement restreint. Les Zaydis yéménites ont parfois été obligés de développer de meilleures relations avec les sunnites en allant contre leurs propres doctrines. Par exemple, al-Mu'ayyad Bi'llah Yahya ibn Hamza (1328-1346 CE) a salué les premiers Califes parmi les compagnons du Prophète en déclarant qu’ils méritaient un respect égal que celui fourni envers l’Imam ' Ali. Durant les siècles suivants, comme les Imams Zaydis avaient étendu leur régence aux basses-terres majoritairement Sunnites du Yémen, les Zaydis ont tenté d'atteindre un certain rapport doctrinal avec leurs sujets Sunnites. En revanche, les Zaydis Yéménites ont maintenu leur hostilité traditionnelle envers les Sufis, même si une école de Sufisme, Zaydi a été fondée au Yémen au XIVe siècle. Les Zaydis ont également prolongé les conflits avec les Ismailis yéménites et ont écrit de nombreux traités polémiques réfutant les doctrines Ismailis.

The final phase of the Zaydi Imamateinfo-icon in Yemen started with al-Mansur Bi’llah al-Qasim ibn Muhammad (1597-1620 CE), founder of the Qasimi dynasty of Imams who ruled over much of the Yemen until modern times. The city of San’a served as the capital of an independent Zaydi state and Imamate for more than two centuries until 1872, when Yemen became an Ottoman province for a second time. The later Qasimi-Zaydi Imams ruled over Yemen on a purely dynastic basis until 1962, although they still claimed the title of Imam.



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